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Les bourses font-elles l’autruche ?

L’OCDE réduit ses prévisions de croissance mondiale et Broadcom, géant des semi-conducteurs, chute en Bourse malgré des résultats solides. Pourtant, les…

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Les bourses font-elles l'autruche ?

L’OCDE réduit ses prévisions de croissance mondiale et Broadcom, géant des semi-conducteurs, chute en Bourse malgré des résultats solides. Pourtant, les indices américains restent proches de leurs records, soutenus par l’espoir d’une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient.

Deux signaux d’alarme ont retenti cette semaine sans pour autant ébranler les marchés. D’un côté, l’OCDE a abaissé ses perspectives de croissance mondiale pour l’année en cours et la suivante. De l’autre, Broadcom, poids lourd des puces électroniques, a vu son action dégringoler de près de 13% après la publication de résultats pourtant supérieurs aux attentes. Ces mauvaises nouvelles auraient pu déclencher une correction brutale. Mais le S&P 500 et le Nasdaq tiennent bon, tout proches de leurs plus hauts. Les places européennes, un peu plus secouées, gardent elles aussi les yeux rivés sur leurs sommets. Alors, les investisseurs sont-ils inconscients ou voient-ils quelque chose que le grand public ignore ?

La réponse tient dans une croyance collective bien ancrée. Depuis le déclenchement du conflit iranien, les marchés fonctionnent en « mode crise transitoire ». Les investisseurs se sont persuadés que la situation va se dénouer rapidement, que les menaces des belligérants ne sont que des postures et que le retour à la normale des flux pétroliers est dans l’intérêt de tous. Dans cette optique, les risques de stagflation ou de récession sont minimisés. Certains vont même jusqu’à affirmer que la zone euro, la plus affectée par la crise, offre aujourd’hui le plus fort potentiel de rebond. Un raisonnement séduisant mais qui ignore une partie du tableau.

Car la réalité économique se dégrade sous les yeux des marchés. En zone euro, l’indice PMI global est tombé à 48,5 en mai, un niveau qui signale une contraction de l’activité. Sans être techniquement en récession (il faudrait deux trimestres consécutifs de baisse), la tendance inquiète. L’inflation, elle, atteint 3,2%, bien au-dessus de l’objectif de 2% de la BCE. Résultat, la quasi-totalité des économistes anticipent une hausse imminente des taux directeurs de 25 points de base. L’OCDE a déjà revu sa prévision de croissance mondiale à 2,8% pour cette année, mais alerte sur un scénario plus sombre si aucun accord de paix n’intervient avant la fin de l’année. Dans ce cas, la croissance pourrait tomber à 2,1% en 2026 et à 1,8% en 2027, plongeant plusieurs pays européens et asiatiques dans une récession franche.

Le cas Broadcom en dit long sur l’état d’esprit des investisseurs. Le géant des semi-conducteurs a pourtant publié des résultats semestriels au-dessus des attentes. Mais le marché l’a sanctionné parce que la direction n’a pas relevé ses prévisions pour les puces destinées à l’intelligence artificielle. Cette exigence, jugée délirante par certains, révèle des valorisations tendues dans le secteur technologique. Le tableau s’assombrit encore avec les introductions en Bourse attendues de SpaceX, OpenAI et Anthropic, qui pourraient lever près de 170 milliards de dollars à Wall Street. Un appétit qui témoigne de l’euphorie ambiante, mais aussi de la pression sur les acteurs pour toujours faire mieux.

Dans ce contexte paradoxal, les portefeuilles d’investissement ont pourtant bien performé. Les fonds défensifs ont gagné 6,4% depuis le début de l’année, les ETF Monde 6% et les fonds ISR près de 7%, grâce à une sélection de valeurs résilientes en zone euro. Le portefeuille offensif, concentré sur les technologies européennes et l’énergie, a même bondi de 31%. Mais face aux risques qui s’accumulent, il devient prudent de verrouiller une partie des bénéfices. Des opérations de vente ont déjà eu lieu sur des titres comme Aixtron (plus-value de 200%), STMicroelectronics (+122%) et Soitec (+79%). Une manière de concilier performance et vigilance, sans céder à l’insouciance générale.

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