Économie
Le thé français sous le microscope de l’équitable


Une première enquête d’envergure évalue les engagements sociaux et environnementaux des principales marques du secteur, révélant des pratiques souvent en décalage avec les promesses affichées.
Un premier baromètre inédit vient d’être publié pour éclairer les conditions de production du thé consommé en France. Cette initiative vise à instaurer davantage de transparence dans une filière réputée pour son opacité, alors que la grande majorité des treize millions de producteurs mondiaux vivent sous le seuil de pauvreté.
L’étude s’est penchée sur les politiques d’approvisionnement de quatorze marques, représentant plus de 70% du marché national. Elle a croisé l’analyse de documents publics avec des questionnaires adressés aux entreprises, des entretiens et des bases de données. L’objectif était d’évaluer la crédibilité et la représentativité de leurs engagements en matière d’achats responsables.
Concernant les multinationales, qui dominent 60% du marché français, le constat est mitigé. Si de nombreuses déclarations d’intention existent, les preuves de leur mise en œuvre concrète font souvent défaut. Les initiatives restent ponctuelles et les volumes concernés limités. Le rapport pointe notamment une pratique consistant à s’approvisionner auprès de plantations certifiées tout en appliquant les tarifs du thé conventionnel.
Le segment des thés dits premium, important en France, présente un paysage contrasté. Certaines marques ont effectivement investi dans la traçabilité et le respect de l’environnement. D’autres, en revanche, ne fournissent aucune information tangible, ce qui traduit une incapacité à démontrer des dispositifs opérationnels. Par ailleurs, la montée en gamme ne garantit pas systématiquement une amélioration des revenus à la source.
Les acteurs historiques du bio et du commerce équitable, certifiés par des organismes indépendants, obtiennent de meilleures évaluations. À l’inverse, l’analyse de deux enseignes de bubble tea révèle un manque de certifications et des engagements très limités. Les marques de distributeurs n’ont pas été incluses dans ce premier exercice.
Les promoteurs de ce baromètre espèrent ainsi encourager l’ensemble de la profession à progresser vers des pratiques plus justes. Ils rappellent que l’image paisible associée à la consommation de thé contraste souvent avec la réalité de sa production. La filière est en effet marquée par une forte fragmentation, un déséquilibre des pouvoirs au détriment des producteurs et l’héritage de relations économiques issues de la période coloniale dans les principaux pays producteurs.
La situation est d’autant plus complexe que le thé dit CTC, un thé noir broyé mécaniquement qui représente l’essentiel des échanges mondiaux, se négocie à un prix très bas, bien inférieur à celui du thé à feuilles entières. En France, où près des deux tiers de la population consomment du thé pour un marché avoisinant les six cents millions d’euros, la particularité réside dans une forte proportion de produits biologiques et une demande significative pour les gammes supérieures.





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