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Le retour du yak blanc, une renaissance pastorale au Kirghizstan

Dans les hauts plateaux d’Asie centrale, une famille d’éleveurs a patiemment sélectionné une race rare de yaks à la robe immaculée. Cette initiative incarne la revitalisation d’un élevage traditionnel, présenté comme une réponse aux défis environnementaux.
Au cœur des montagnes kirghizes, à plus de trois mille mètres d’altitude, un troupeau singulier se fond dans l’immensité des paysages hivernaux. Ces yaks à la fourrure d’un blanc éclatant constituent l’œuvre de plusieurs décennies de travail mené par la famille Akmatov. Leur élevage représente bien plus qu’une curiosité locale. Il symbolise la résurgence d’une activité ancestrale, considérée aujourd’hui comme une piste sérieuse pour préserver les écosystèmes fragiles de la région.
Contrairement aux bovins classiques, ces animaux robustes supportent sans difficulté les rigueurs du climat continental, où le thermomètre peut chuter bien en dessous de zéro. Ils paissent librement toute l’année sur des pâturages d’altitude, épargnant ainsi les terres agricoles plus basses souvent surexploitées. Cette rusticité naturelle suscite un intérêt croissant auprès des autorités. Le ministère de l’Agriculture y voit un atout pour faire face aux conséquences du changement climatique et à la dégradation des sols, des problématiques majeures en Asie centrale.
La démarche des Akmatov s’inscrit dans une tendance nationale. Après un déclin prononcé suite à la dissolution de l’Union soviétique, le cheptel de yaks a connu une nette progression, dépassant désormais les soixante mille têtes. Cette renaissance est soutenue par des politiques publiques qui valorisent les races locales, adaptées aux conditions extrêmes. Les produits de cet élevage, qu’il s’agisse de la viande, du lait ou de la laine particulièrement prisée pour sa facilité à être teinte, répondent également à une demande croissante pour des denrées biologiques.
Le patriarche de la famille, Tachtanbek Akmatov, est une figure respectée. Ancien député et décoré à plusieurs reprises pour ses contributions à l’agriculture, il a appliqué à l’élevage du yak les méthodes de sélection qui lui avaient déjà valu des succès avec les moutons. Son objectif, aujourd’hui poursuivi par ses fils, est d’obtenir la reconnaissance officielle de cette nouvelle race. Ils espèrent ainsi non seulement préserver ce patrimoine génétique unique, mais aussi en faire un produit d’exportation.
Cette ambition se heurte cependant à des défis concrets. La croissance du troupeau reste lente, et la prédation, notamment par les loups, constitue une menace permanente. Surtout, la pression sur les terres pastorales s’accentue. Les éleveurs réclament une meilleure gestion des parcours et une rotation organisée des troupeaux pour éviter le surpâturage, un phénomène qui s’aggrave avec la hausse des températures. Dans un pays où le secteur agricole occupe une part importante de la population, l’équilibre entre développement économique et préservation des ressources naturelles reste à trouver. Le yak blanc, par sa simple présence dans ces paysages immémoriaux, en est devenu un symbole vivant.

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