Économie
Le BHV vacille et ses habitués découvrent un magasin vidé
Le grand magasin parisien demande son placement en redressement judiciaire, avec 700 salariés et six mois pour tenter de redresser la barre. Dans les…

Le grand magasin parisien demande son placement en redressement judiciaire, avec 700 salariés et six mois pour tenter de redresser la barre. Dans les rayons, clients et vendeurs racontent un lieu qui perd son âme.
Le BHV, nom historique Bazar de l’Hôtel de Ville, né en 1856 à la même période que Le Bon Marché, ne ferme pas ses portes du jour au lendemain. Mais sa direction a demandé un redressement judiciaire. Cela traduit un gros problème financier. L’objectif est d’assainir sous six mois, voire douze. Sans solution, la clef sous la porte. L’enseigne comptait 700 personnes. L’annonce n’a pas vraiment étonné les équipes, la fréquentation baissant depuis des mois.
Pour les clients, le contraste est rude. Marie Schifflers, touriste belge de 54 ans, est venue avec sa fille de 17 ans voir cette institution qu’elle fréquentait au même âge. Elle parle d’une Madeleine de Proust, d’un lieu aussi incontournable que la Tour Eiffel. Une femme sortant du magasin l’a prévenue que c’était désert. Elle décrit des rayons vides, une atmosphère triste et désolante. Jean-Loup, sexagénaire ayant grandi dans le quartier, juge que la qualité des produits n’est plus la même. Il regrette qu’un magasin qui marchait très fort finisse ainsi. Avant, les gens attendaient devant la porte. Maintenant, selon lui, c’est la porte qui attend les gens.
Sur place, les employés font bonne figure. Ils distribuent sourires et informations aux rares clients. Une fois ceux-ci partis, l’inquiétude revient. Une vendeuse anonyme veut rester positive. À ses yeux, un redressement judiciaire signifie au moins qu’une solution se dessine. Elle dit que l’état du magasin se voit à l’œil nu. Elle ajoute ne pas avoir le droit d’en parler. D’autres collègues racontent avoir appris la nouvelle en même temps que tout le monde. Les clients posent des questions. La communication interne reste maigre. La consigne a été de suivre l’actualité.
Du premier au cinquième étage, le décor saute aux yeux. Des rayons se vident, des rubans noirs bloquent l’accès à des espaces abandonnés, plusieurs escalators sont en panne. Les visiteurs circulent dans un périmètre réduit. Une cliente cherche un thé spécial Noël. Une vendeuse, lasse, répète qu’il n’y en a plus. Au rez-de-chaussée, il y a davantage de monde et de marchandises. Mais sortir devient un parcours du combattant, beaucoup de portes étant condamnées.
La chute s’est installée de mois en mois. De grandes marques comme Dior, Sandro et Guerlain ont quitté le BHV, mécontentes ou refroidies par l’arrivée de Shein. Le président de l’enseigne, Karl-Stéphane Cottendin, accuse le bailleur canadien Brookfield de ne pas avoir versé les indemnités prévues en échange de la restitution de la moitié des murs. Brookfield dément catégoriquement. Voilà un conflit de plus dans un lieu qui fut un symbole du cœur commerçant de Paris, à deux pas de l’Hôtel de Ville.
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