Politique
La police tue, ce slogan qui mine le lien entre les insoumis et les forces de l’ordre
Répétée par les élus de La France insoumise, l’accusation de violences policières nourrit une défiance réciproque entre le parti et ceux qui portent…

Répétée par les élus de La France insoumise, l’accusation de violences policières nourrit une défiance réciproque entre le parti et ceux qui portent l’uniforme. Chez les syndicats, on redoute déjà ce qu’un pouvoir insoumis ferait du métier.
Le refrain revient à chaque prise de parole. « La police tue ». Signé Jean-Luc Mélenchon, repris par des dizaines d’élus de son mouvement. Ce n’est pas une formule lâchée en passant, c’est devenu une marque de fabrique, et elle a installé une guerre froide durable entre La France insoumise et les policiers. Ces derniers, eux, regardent vers 2027 et se demandent ce qui leur tomberait dessus si le leader de la gauche radicale accédait au pouvoir.
Devant des étudiants d’une grande école de commerce, le triple candidat à la présidentielle a remis le couvert. Il a fustigé une « insupportable violence policière », avant d’expliquer sa célèbre sortie. Lui qui dit avoir cru à « la police, la justice » ne comprend pas qu’on abatte quelqu’un parce qu’il refuse d’obtempérer. Il a ensuite chargé sans nuance, décrivant une troupe qui « n’est plus tenue », qui « n’en fait qu’à sa tête » et nourrit « des idées pourries, racistes ». Le tout sur fond de mouvement lycéen émaillé d’interventions musclées, avec des jeunes blessés, parfois très gravement. Interrogé sur une chaîne d’info après une mobilisation sociale partie en vrille, il a balayé les violences subies par les agents d’un « ça s’appelle les risques du métier ». Et sur le slogan « ACAB », il a tranché à sa manière, en estimant que tout dépendait « des jours et des heures ».
Côté programme, le député Antoine Léaument a déroulé les grandes lignes devant la commission des lois de l’Assemblée. Un ministre de l’Intérieur insoumis n’attendrait pas, selon lui, que des enfants soient mutilés pour retirer du maintien de l’ordre les armes dangereuses. Il promet la fin des lanceurs de balles de défense et des grenades mutilantes, la dissolution de la Brav-M, et une refonte complète de l’institution, « de la cave au grenier », pour s’attaquer au racisme, au sexisme et à l’homophobie. L’IGPN, la police des polices, céderait la place à une structure réellement indépendante. Un exemple est venu incarner le propos, ce lycéen amputé d’une main lors d’une intervention policière à Lens.
En face, la réponse est cinglante. Un commissaire de police judiciaire parle de « mesurettes technopolitiques » et juge l’ensemble « assez creux, beaucoup d’affichage ». Pour lui, la Brav-M n’est qu’un « pantin symbolique » brandi par LFI, l’équivalent moderne des voltigeurs supprimés après la mort de Malik Oussekine, et il regrette qu’aucune réflexion sérieuse n’accompagne le sujet du maintien de l’ordre. Même tonalité chez Yoann Maras, délégué national du syndicat Alliance, qui reproche aux insoumis d’ignorer purement et simplement ce que font les policiers au quotidien et dénonce du « clientélisme électoral ». Linda Kebbab, secrétaire nationale d’Un1té, ne croit pas un instant qu’un tel programme soit appliqué par des responsables sérieux.
Le vrai point de bascule, c’est l’après. Les deux syndicalistes le rappellent, les policiers sont républicains et ont servi des gouvernements de droite comme de gauche. Mais si un ministre de l’Intérieur insoumis lançait sa réforme, il trouverait en face des organisations décidées à défendre le métier. Et le commissaire d’avertir qu’une IGPN encore plus sévère, où chaque intervention pourrait valoir une sanction, finirait par paralyser les troupes. Il rappelle aussi que la police est déjà très largement sanctionnée, bien plus que d’autres administrations, et prévient qu’à la première affaire grave, un pouvoir qui aurait taillé dans les moyens se ferait rattraper par la réalité. Linda Kebbab va plus loin et décrit une société tellement polarisée que l’élection de l’un ou l’autre camp déclencherait une vague de contestation dans la population. Dans ce scénario, ironise-t-elle, le nouveau président serait bien content de trouver une police à ses côtés, et qu’elle soit armée. Reste l’écart, immense, entre un discours de campagne et l’exercice concret du pouvoir. Réformer « de la cave au grenier » risquerait fort de s’y heurter.
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