Planète
Le climat file vers 2,6 °C et les promesses des États ne pèsent plus lourd
Même si chaque pays respecte ses engagements de baisse des émissions, la planète se réchaufferait de 2,6 °C d’ici la fin du siècle. La barre de 1,5 °C…

Même si chaque pays respecte ses engagements de baisse des émissions, la planète se réchaufferait de 2,6 °C d’ici la fin du siècle. La barre de 1,5 °C fixée à Paris ne sera pas tenue, et l’appel à un sursaut se fait pressant.
Les plans climatiques déposés par les gouvernements ne parviendront pas à faire baisser la fièvre mondiale. Dans son évaluation annuelle de l’écart entre les émissions réelles et les objectifs, le Programme des Nations unies pour l’environnement chiffre à 2,6 °C la hausse des températures d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, dans l’hypothèse où toutes les promesses seraient honorées. C’est plus sombre que l’an dernier, où la projection oscillait entre 2,3 °C et 2,5 °C.
Deux raisons expliquent cette dégradation. Washington a quitté l’accord de Paris alors qu’il reste le deuxième pollueur de la planète, et les scientifiques ont revu à la hausse leurs estimations des émissions historiques. Plus inquiétant encore, si l’on ne considère que les politiques réellement en place, sans les engagements à faire mieux, le thermomètre mondial grimperait jusqu’à 2,8 °C, soit le double de son niveau actuel. Les rejets liés au charbon, au pétrole et au gaz restent à des sommets en 2025. Chez les six plus gros émetteurs, les premières données de l’année montrent une progression aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, contre un recul en Inde, en Russie et dans l’Union européenne.
Le rapport ne laisse guère de place au doute sur l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris. Tenir le réchauffement sous 1,5 °C n’est plus à portée, après des décennies d’action trop timide, en particulier du côté des pays riches du G20, responsables des trois quarts des émissions mondiales. Les dégâts sont déjà visibles, des inondations meurtrières aux canicules brutales en passant par les incendies incontrôlables, mais ils ne justifient pas de renoncer, plaide le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Pour Mohamed Adow, de Power Shift Africa, il s’agit d’un manquement historique des dirigeants, dont la facture se comptera en vies humaines autant qu’en degrés de réchauffement.
Chaque fraction de degré au-delà de 1,5 °C rend les phénomènes météo extrêmes plus fréquents et rapproche la planète de bascules irréversibles, du dépérissement des coraux à la fonte du pergélisol. Le rapport trace malgré tout une trajectoire plus favorable, avec un pic entre 1,7 °C et 1,8 °C avant un retour sous 1,5 °C en 2100. Les efforts à fournir sont vertigineux. Il faudrait réduire les émissions mondiales de 18 % d’ici 2030, de 45 % d’ici 2035 et de 69 % d’ici 2040 par rapport à 2025. Les engagements actuels ne mèneraient qu’à une baisse de 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035.
Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, résume l’urgence. Le moment décisif est arrivé, dit-elle, et la fenêtre d’opportunité se referme. Des motifs d’espoir existent pourtant. La capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus vite que prévu et le déploiement du solaire photovoltaïque a été multiplié par sept. Encore faut-il changer d’échelle et lever les blocages. Sur l’abandon progressif des combustibles fossiles comme sur la déforestation, les auteurs du rapport ne constatent aucun progrès à la hauteur des besoins.
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