Politique
La Sécu sous tension, un budget qui divise jusqu’à la majorité
Le gouvernement veut réduire fortement le déficit de la Sécurité sociale, mais son texte affronte des critiques venues de presque tous les bancs. Les…

Le gouvernement veut réduire fortement le déficit de la Sécurité sociale, mais son texte affronte des critiques venues de presque tous les bancs. Les débats pourraient s’arrêter avant même d’aborder les dépenses les plus sensibles.
À l’Assemblée nationale, l’examen du budget de la Sécurité sociale a démarré dans un climat tendu. Le gouvernement veut faire passer le déficit de la Sécu de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027, soit presque deux fois moins. La Cour des comptes a appelé le Parlement à tenir cet objectif, qu’elle juge indispensable pour sécuriser la situation des comptes. Pour y parvenir, l’exécutif mise sur des efforts demandés aux retraités et sur des économies dans la santé, dont un milliard sur les arrêts maladie. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou prévient que la réduction du déficit ne se fera pas sans choix et que certains ne seront pas simples. Son adoption dans l’hémicycle paraît très improbable.
Les critiques ont fusé de presque tous les bancs. Le communiste Yannick Monnet dénonce une attaque frontale contre la Sécurité sociale. Joëlle Mélin, du RN, qualifie le texte d’indigent. Eric Michoux, allié du RN, ironise sur un double exploit qui rendrait la solidarité ruineuse pour ceux qui cotisent et insuffisante pour ceux qui en ont besoin. La macroniste Annie Vidal assure pour sa part qu’il ne s’agit pas d’un budget d’austérité et met en garde contre le risque de laisser le pays sans budget. Liot et le MoDem affichent une volonté de compromis, sans épargner le gouvernement. Même chez les macronistes, la réduction des allègements patronaux censée rapporter 3,7 milliards d’euros à la Sécu est refusée, et Horizons la conteste aussi.
Le ministre des Comptes publics David Amiel défend un projet qui ne repose pas seulement sur des coupes. Il rappelle à la gauche qu’un tiers de l’effort vient des recettes et demande au RN de préciser ses propositions sur les retraites et sur les patients en affection de longue durée. Les députés ont d’abord repoussé une motion de rejet déposée par LFI par 259 voix contre 128. Seule la gauche, PS compris, a voté pour. Ils ont ensuite rejeté la première partie du texte, consacrée à l’actualisation des comptes de 2026. Ce vote a une portée limitée. Il ne revient pas sur les mesures déjà prises par décret et n’empêche pas la poursuite de l’examen du financement pour 2027.
Les députés ont en revanche approuvé des exonérations de cotisations pour les entreprises et exploitants agricoles victimes d’incendies, ainsi que des aides aux entreprises mahoraises frappées par Chido. Le gouvernement a défendu le maintien à la charge de la Sécurité sociale du coût de ces exonérations, ce qui a suscité de vives critiques. Les débats doivent reprendre avec notamment des propositions de taxes sur les produits sucrés. Environ 3.000 amendements ont été déposés, dont près de 1.280 pour achever la partie consacrée aux recettes. Le rejet de cette partie, jugé probable, pourrait interrompre les discussions et envoyer le texte au Sénat sans examen des dépenses.
Conséquence possible, l’un des sujets les plus tendus resterait hors du débat. Le texte prévoit une revalorisation des pensions inférieure à l’inflation pour deux tiers des retraités, avec jusqu’à 4 milliards d’euros d’économies à la clé. La commission des Affaires sociales avait déjà rejeté le texte après en avoir supprimé de nombreux articles. Un accord avec le PS, comme lors d’un précédent budget de la Sécu obtenu en échange de la suspension de la réforme des retraites, paraît cette fois improbable. Sandrine Runel, référente socialiste sur le texte, juge qu’il n’y a aucun monde où ça passe et souligne qu’aucune négociation n’a eu lieu. Privé de majorité, le Premier ministre Sébastien Lecornu pourrait recourir à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter son texte, en reprenant éventuellement certaines propositions parlementaires pour éviter une censure. Autre option pour l’exécutif, une ordonnance qui retranscrirait le texte initial si le Parlement ne s’est pas prononcé avant l’expiration du délai constitutionnel.
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