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À Bornéo, un fleuve asséché laisse les récoltes de palmiers sans acheteur

Une sécheresse hors norme a fait plonger le niveau du Kapuas, l’artère fluviale par laquelle s’évacue l’huile de palme du Kalimantan occidental. Les…

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À Bornéo, un fleuve asséché laisse les récoltes de palmiers sans acheteur

Une sécheresse hors norme a fait plonger le niveau du Kapuas, l’artère fluviale par laquelle s’évacue l’huile de palme du Kalimantan occidental. Les usines, saturées, refusent désormais les chargements et les petits planteurs se retrouvent sans revenus.

Quatre jours d’attente pour rien. Supendi a fini par repartir avec ses sept tonnes de régimes de fruits frais, issus de sa petite exploitation et de celles de voisins, sans avoir trouvé preneur auprès de l’huilerie Multi Prima Entakai, à Sanggau. L’usine n’acceptait plus aucun chargement. « Les fruits n’ont pas été acceptés. Nous ne savons plus comment les vendre », raconte le planteur, joint par téléphone.

Le blocage ne vient pas des palmeraies mais du lit du fleuve. Une sécheresse prolongée, liée à un épisode de « super El Niño », a vidé le Kapuas, voie d’eau indispensable à la région. Ce phénomène naturel, qui réchauffe périodiquement les eaux de surface de l’est du Pacifique et bouscule les alizés, revient tous les deux à sept ans et peut durer près d’un an, apportant ici des pluies diluviennes et là des mois sans eau. Renforcé par le réchauffement climatique, il a aussi asséché puits et cours d’eau secondaires et attisé les feux de forêt à Bornéo comme à Sumatra, au point que les fumées ont recouvert la province et gagné la Malaisie et Singapour.

Long de 1 143 km, le plus long fleuve d’Indonésie assure le transport de 40 % de la production d’huile de palme du Kalimantan occidental, selon l’association professionnelle GAPKI. Avec la baisse du niveau, des bancs de sable sont apparus et plusieurs barges et remorqueurs se sont retrouvés immobilisés. La route ne compense pas, faute de camions en nombre suffisant et de capacité équivalente, et elle coûte trois fois plus cher que le transport fluvial. Treize des cinquante huileries de la province sont touchées, soit près de la moitié de la capacité de transformation locale, précise Aris Supratman, qui dirige le bureau régional de la GAPKI. Les approvisionnements ont reculé de 11 % en septembre par rapport à août, et l’association a revu à la baisse de 2,9 % ses prévisions de production nationale. Les analystes s’attendent à une chute de 12 % à 15 % sur le dernier trimestre dans la partie indonésienne de Bornéo, qui pèse environ 11 % de la production du premier producteur mondial.

Sur le terrain, les cuves débordent. Dian Kurniawan, responsable de l’usine qui a refusé la récolte de Supendi, a vu les achats de régimes passer de 30 000 tonnes en juillet à 10 000 tonnes en septembre. Au 1er octobre, le site stockait 8 200 tonnes d’huile de palme brute, pour une capacité de 8 500 tonnes. « Nous pouvons généralement livrer 2 000 tonnes en quatre jours, mais avec les camions, nous ne pouvons parfois livrer que 100 tonnes par jour », explique-t-il.

Ce sont les producteurs qui encaissent le choc. Faute de ventes, beaucoup n’arrivent plus à entretenir leurs palmiers et ont coupé leurs apports d’engrais jusqu’à 70 % pour réduire les dépenses, rapporte Indra Rustandi, à la tête de la branche régionale de l’association APKASINDO. Rahmat Wiyono, 63 ans, producteur à Sanggau, n’hésite pas à rouler six heures pour écouler ses fruits à 2 650 roupies le kilo, environ 0,13 euro, quand son acheteur habituel, à trois heures de route, en payait 3 400. « Certains de nos amis n’ont rien récolté depuis deux mois et ont dû trouver d’autres sources de revenus », en vendant des gâteaux et des beignets faits maison, ajoute-t-il.

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