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Dans le Michigan, le vote juif se déchire sur Abdul El-Sayed
La communauté juive du Michigan se retrouve face à un choix délicat dans la course au Sénat. Le candidat démocrate Abdul El-Sayed, musulman et critique…

La communauté juive du Michigan se retrouve face à un choix délicat dans la course au Sénat. Le candidat démocrate Abdul El-Sayed, musulman et critique d’Israël, séduit à gauche mais inquiète une partie de cet électorat traditionnellement démocrate.
Dans le Michigan, la course au Sénat met la communauté juive face à un cas de conscience. Abdul El-Sayed, démocrate musulman ancré à gauche et critique d’Israël, a créé la surprise en remportant la primaire. Son nom divise un électorat d’environ 100 000 personnes, historiquement démocrate, au point que son vote pourrait faire basculer le siège vers les républicains.
Le rabbin Nadav Caine, installé à Ann Arbor, ne cache pas son inquiétude. Il dit être convaincu que le candidat ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister comme État, et encore moins comme État juif. Il lui reproche aussi de laisser entendre que les juifs mériteraient l’antisémitisme qu’ils subissent. Après une attaque contre une synagogue, El-Sayed a estimé que « les personnes blessées blessent à leur tour ». Pour le rabbin, cette phrase met gravement en danger la sécurité des juifs.
Nadav Caine se décrit comme modéré sur les questions de société et conservateur sur le plan religieux. Ce sympathisant démocrate a signé une pétition fixant des lignes rouges. Le texte demande aux candidats de considérer la sécurité des juifs, leur autodétermination, leur souveraineté étatique et leur participation politique comme des engagements de base, non négociables. El-Sayed ne l’a pas signée. Il a toutefois assuré, lors d’un déplacement à Grand Rapids, avoir écouté et appris, et avoir présenté des excuses là où ses déclarations passées avaient causé une douleur inutile. Caine garde l’espoir que, s’il gagne, le candidat de 41 ans évolue vers plus d’ouverture envers les valeurs de la communauté juive.
Le soutien n’est pas monolithique. Kirk Dornbush, 65 ans, homme d’affaires, portait une kippa et une pancarte « Abdul pour le Sénat américain » devant le studio de Grand Rapids où s’est tenu le premier débat télévisé face au républicain Mike Rogers. Pour lui, un seul des deux candidats a subi des discriminations religieuses, et il vote pour celui qui sait ce que c’est, ayant lui-même connu l’antisémitisme. El-Sayed a par ailleurs été la cible de nombreuses attaques islamophobes, notamment de Donald Trump. Le débat a été tendu. Rogers a accusé son adversaire de soutenir le Hamas, le Hezbollah et Al-Qaïda. Avant cela, des dizaines d’étudiants s’étaient réunis sur le campus d’Ann Arbor pour commémorer l’attaque du 7 octobre. Drapeaux israéliens en main, ils ont écouté un soldat israélien, tandis que des cris de « Free Palestine » fusaient.
Du côté républicain, Michael Schostak, ancien élève de l’université et candidat à un siège de son conseil d’administration, estime que beaucoup de juifs du Michigan s’inquiètent d’El-Sayed. Il pense qu’une majorité ne votera pas pour lui, tout en précisant que cela ne signifie pas qu’ils choisiront Rogers. Les deux camps savent que ces voix comptent. Rogers, 63 ans, assure que les sondages ne mesurent pas son travail au sein de la communauté juive démocrate. Il affirme que ces électeurs, comme d’autres minorités, notamment les Amérindiens et les Afro-Américains, se tournent de plus en plus vers lui et lui donneront la victoire. Ronald Stockton, professeur de sciences politiques à l’université du Michigan-Dearborn, évalue qu’un tiers des électeurs juifs de l’État penchent vers le républicain. Pour lui, les autres ne sont pour la plupart pas convaincus par l’idée que les juifs seraient en danger. Lors d’une veillée à Ann Arbor, le rabbin Alter Goldstein a souhaité que le vainqueur fasse preuve de tolérance, avant de reconnaître qu’il n’est pas prophète.
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