Faits Divers
Rue de Trévise, des experts défendent la piste du sol détrempé
Deux spécialistes des explosions au gaz soutiennent que l’affaissement d’un trottoir, lié à un collecteur d’eaux usées, a provoqué la rupture d’une…

Deux spécialistes des explosions au gaz soutiennent que l’affaissement d’un trottoir, lié à un collecteur d’eaux usées, a provoqué la rupture d’une canalisation rue de Trévise. Leur thèse, discutée par la défense et par une autre expertise, met en cause la Ville de Paris.
L’explosion de la rue de Trévise, en 2019, reste au cœur d’un procès correctionnel à Paris. Quatre personnes sont mortes, dont deux pompiers, et deux cents ont été blessées. Deux experts agréés près la Cour de cassation, forts de plusieurs décennies d’expertises, dont de nombreux dossiers d’explosions au gaz, ont passé trois heures à dérouler leurs conclusions. Ils s’appuient sur seize visites des lieux et cent quatre-vingt-dix-huit diapositives pour affirmer qu’un terrain fortement décomprimé a joué un rôle décisif.
Selon eux, entre trois cents et cinq cents mètres cubes d’eaux usées se sont infiltrés dans le sol à cause d’une fuite d’un collecteur. L’absence de réparation de ce collecteur a d’ailleurs conduit à la mise en cause pénale du syndic de l’immeuble. Le sol ainsi ameubli supportait une canalisation de gaz en fonte. Le tube a fléchi, puis cassé, peu avant l’explosion. Les experts pointent aussi la Ville de Paris, intervenue à plusieurs reprises pour refaire l’enrobé devant le porche de l’immeuble, à deux pas des Grands Boulevards. Ils estiment que l’affaissement du trottoir aurait dû alerter les services techniques et que sa cause n’a jamais été cherchée.
La défense a testé cette démonstration. Une autre expertise, menée dans le volet civil, retient la corrosion de la canalisation parmi les causes de sa rupture. L’un des spécialistes balaie l’hypothèse en estimant qu’il faudrait une corrosion extrême. La défense insiste sur une réduction de 45 % de l’épaisseur du tube et demande si une canalisation sans corrosion aurait résisté au même déplacement du sol. La réponse tombe, sèche. L’expert reconnaît qu’il ne peut pas en dire plus.
Le débat s’est durci sur la répétition des affaissements. Pour l’expert, la Ville aurait dû s’alarmer, d’autant qu’un trou de trente centimètres aurait été aperçu sous le trottoir lors de la dernière intervention. Ce vide n’apparaît sur aucun rapport d’intervention. Il a été évoqué après coup par un agent municipal pendant l’enquête. La Ville conteste. Son avocate demande sur quoi repose l’affirmation selon laquelle l’affaissement aurait persisté ou serait revenu malgré les réparations de fin 2016 confiées à une entreprise. Aucune photo du dossier ne montre, selon elle, une dégradation de la chaussée après ces travaux. L’expert maintient que la réparation était inefficace. Prié de prouver ses dires, il répond par un raisonnement circulaire. S’il y a eu l’explosion, c’est donc qu’il y avait un affaissement. Et si celui-ci avait été réparé, l’explosion n’aurait pas eu lieu. Les auteurs d’une contre-expertise sont attendus à l’audience.
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