Europe
La vigne retrouve l’ombre des arbres pour affronter le réchauffement


Face aux canicules et à la sécheresse, des viticulteurs français replantent des arbres au milieu des vignes. Une pratique ancestrale qui fait son grand retour pour protéger le raisin et le terroir.
Dans les côteaux du nord rhodanien, où les vignes s’étendent à perte de vue en monoculture, la parcelle de Pierre-Jean Villa détonne. Ici, des érables, des pommiers, des poiriers et des noisetiers poussent en rangées serrées entre les ceps de syrah. L’idée est simple et ancienne. Faire cohabiter la vigne avec les arbres, comme on le faisait autrefois dans les vergers et les potagers. Le vigneron a même ramené des moutons et des abeilles. Il ne s’agit pas d’un simple caprice. C’est une réponse directe aux coups de chaud, à la sécheresse et aux pluies violentes qui frappent de plus en plus souvent. Son fils Hugo, formé à Montpellier, a poussé le projet. Ensemble, ils ont planté quatre cents arbres fruitiers depuis 2020, espacés tous les quinze rangs. L’objectif est de créer un microclimat qui protège le raisin sans l’étouffer.
Les premiers résultats sont encourageants. Lors des vingt jours de canicule d’août 2025, cette parcelle s’en est mieux sortie que les vignes voisines. Le rendement est resté correct. Les chercheurs qui étudient la vitiforesterie confirment le phénomène. Les arbres limitent les dégâts du gel printanier, fournissent de l’ombre et rafraîchissent l’air par évapotranspiration. Sur les feuilles et les baies, les températures baissent sensiblement. Cela peut faire la différence entre une récolte perdue et une récolte sauvée. Car avec des étés qui dépassent régulièrement les 40 degrés, il devient impossible de cultiver la vigne en plein soleil. La vigne est à l’origine une liane qui pousse sur les arbres. Replanter des arbres, c’est retrouver son habitat naturel.
De Bordeaux au Languedoc, en passant par la Champagne, les initiatives se multiplient. Des régions proposent des aides, et l’administration fiscale a fixé un cadre légal en 2024. Pourtant, le mouvement reste modeste. Certains viticulteurs, pris dans des difficultés économiques, hésitent à investir sur le long terme. Planter un arbre, c’est un pari pour les décennies à venir. Mais c’est aussi un capital laissé aux générations suivantes. Pierre-Jean Villa le voit comme son plus beau projet. Il y retrouve les paysages de son enfance, les sables granitiques, les fruits d’autrefois. Ses voisins viennent désormais le voir, curieux et intéressés. Les jeunes générations, dit-il, sont prêtes à remettre des arbres dans les vignes, et même à recréer des séparations végétales entre les parcelles. Une petite révolution silencieuse, qui pousse à l’ombre des ceps.





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