Monde
La sécurité, terrain de surenchère dans la course à la présidence péruvienne

Face à une criminalité galopante, les prétendants au pouvoir rivalisent de propositions radicales, des prisons entourées de serpents venimeux aux primes pour l’élimination de criminels, suscitant l’inquiétude des experts.
La campagne pour l’élection présidentielle se focalise sur un enjeu sans précédent depuis trois décennies, la lutte contre la délinquance. Le phénomène criminel, en expansion rapide, a transformé la sécurité en thème central d’un scrutin marqué par une fragmentation extrême, avec trente-cinq candidats en lice. Le nombre d’homicides a plus que doublé en sept ans, tandis que les plaintes pour extorsion ont été multipliées par huit. Cette dégradation s’opère dans un contexte de concurrence entre gangs locaux et organisations transnationales, alimentant un sentiment d’impunité généralisée. Les secteurs des transports, de l’éducation et du commerce sont particulièrement touchés par cette vague de violence.
Les principaux candidats ont intégré cette préoccupation majeure dans leur discours, avec des propositions souvent spectaculaires. Rafael Lopez Aliaga, figure de la droite conservatrice, a ainsi évoqué la création de colonies pénitentiaires isolées en pleine forêt amazonienne, dont la sécurité serait assurée par une barrière naturelle de serpents venimeux. Lors d’un meeting, il est apparu aux côtés d’une réplique de reptile, symbolisant cette approche. Il suggère également d’autoriser les autorités américaines à procéder à des arrestations sur le sol péruvien. De son côté, Keiko Fujimori, autre favorite des sondages, prône le travail obligatoire en détention pour subvenir aux besoins des prisonniers.
Certaines propositions vont encore plus loin dans la radicalité. L’humoriste et candidat Carlos Alvarez réclame l’application de la peine de mort pour les tueurs à gages. Paul Jaimes, moins bien placé dans les intentions de vote, propose quant à lui d’octroyer des primes substantielles et des promotions aux forces de l’ordre pour la capture ou la neutralisation de criminels, déclarant ouvertement ne pas se soucier de leurs droits. À gauche, Ronald Atencio évoque la formation d’un commando d’élite de cinq cents policiers dédié à l’anéantissement du crime, tout en se défendant de prôner des exécutions extrajudiciaires.
Ces annonces trouvent un écho auprès d’une partie de l’électorat, lassé par l’insécurité quotidienne. Certains citoyens expriment leur soutien à des mesures expéditives. D’autres, cependant, restent sceptiques, estimant que ces promesses simplistes masquent l’absence de véritables stratégies à long terme. Des spécialistes du droit et de la criminologie mettent en garde contre ces approches purement punitives. Ils rappellent que le Pérou dispose déjà d’une législation parmi les plus sévères d’Amérique latine et que le problème réside moins dans le cadre juridique que dans son application effective et stratégique. Pour eux, ces propositions relèvent davantage d’un affichage symbolique que d’une réponse technique et durable à la complexité du crime organisé.

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