Monde
La relève de Guterres à l’ONU se joue entre huit personnalités
Huit profils, de l’ancienne présidente chilienne au spécialiste du nucléaire, sont en lice pour la tête de l’ONU. Une Costaricienne est arrivée en tête du…


Huit profils, de l’ancienne présidente chilienne au spécialiste du nucléaire, sont en lice pour la tête de l’ONU. Une Costaricienne est arrivée en tête du premier vote indicatif, mais la partie est loin d’être jouée.
La succession d’Antonio Guterres est ouverte. Huit noms sont sur la table, cinq femmes et trois hommes, dont six viennent d’Amérique latine. Le prochain secrétaire général devra évoluer dans un contexte international tendu, au moment où les membres permanents du Conseil de sécurité, qui pèsent lourdement dans la nomination, ne parviennent pas à s’entendre.
Parmi les entrées récentes, l’Équatorienne Ivonne A-Baki se distingue. La diplomate de 75 ans, née de parents libanais et ancienne ambassadrice aux États-Unis et en France, met en avant son travail de rapprochement entre l’Équateur et le Pérou après des conflits frontaliers. Elle veut une ONU moins bureaucratique et plus orientée vers des résultats concrets. À ses côtés, la Chilienne Michelle Bachelet incarne une autre figure. Première femme présidente du Chili, torturée sous la dictature de Pinochet, elle a dirigé le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, un passage qui lui a valu des inimitiés. La Chine lui en veut toujours pour un rapport sur les Ouïghours et les États-Unis critiquent sa position pro-avortement. Elle défend un secrétaire général capable de faire entendre une voix morale face aux pressions des puissances. Elle peut compter sur le soutien du Brésil, alors que le Chili lui a retiré le sien après l’arrivée au pouvoir de José Antonio Kast.
Deux autres profils viennent d’Équateur et d’Argentine. Maria Fernanda Espinosa, 61 ans, ancienne ministre des Affaires étrangères et de la Défense, présente les Nations unies comme l’unique plateforme universelle capable de répondre aux défis communs de l’humanité. Elle propose un mécanisme d’alerte précoce pour détecter les signaux de conflit avant qu’ils ne s’enveniment, et sa candidature est portée par Antigua-et-Barbuda. Rafael Grossi, lui, connaît déjà les dossiers les plus chauds. L’Argentin de 65 ans dirige l’Agence internationale de l’énergie atomique depuis 2019, ce qui l’a placé face au programme nucléaire iranien et à la centrale ukrainienne de Zaporijjia. Il n’a pas quitté son poste pour faire campagne, estimant que ce serait manquer à son devoir, et défend un secrétaire général présent sur le terrain.
Rebeca Grynspan est pour l’instant la mieux placée. La Costaricienne de 70 ans a obtenu le plus de mentions favorables lors du vote indicatif du 30 juillet au Conseil de sécurité. Elle dirigeait la Cnuced, l’agence de l’ONU pour le commerce et le développement, et s’en est écartée pour la campagne. C’est elle qui a négocié en 2022 avec Moscou et Kiev l’Initiative de la mer Noire pour faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes après l’invasion russe. Issue d’une famille juive ayant survécu à l’Holocauste avant de s’installer au Costa Rica, elle juge l’ONU trop frileuse face aux risques. L’Ougandais Olara Otunnu, 75 ans, est l’un des deux candidats qui ne viennent pas d’Amérique latine. Ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, il a été représentant spécial pour les enfants et les conflits armés sous Kofi Annan. Il s’est aussi présenté à la présidentielle ougandaise de 2011, mais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, l’a battu.
La Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett, 52 ans, est la plus jeune des prétendants. Elle veut rendre à l’ONU sa crédibilité et refuse de la réduire au seul prisme de la paix et de la sécurité, rappelant l’importance du développement et des droits humains. Enfin, le Sénégalais Macky Sall, à la tête du pays de 2012 à 2024, insiste sur la représentation du Sud global dans les instances internationales et sur le lien entre paix et développement. Sa candidature a fini par être soutenue par Dakar, même si les autorités sénégalaises l’avaient accusé d’avoir réprimé dans le sang les manifestations qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024.
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