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Quand l’angoisse du climat pousse un ingénieur à poser un arrêt maladie

André, 32 ans, s’est retrouvé paralysé par la peur des étés à venir. Un mal de plus en plus répandu qui touche des millions de Français.

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Quand l'angoisse du climat pousse un ingénieur à poser un arrêt maladie

André, 32 ans, s’est retrouvé paralysé par la peur des étés à venir. Un mal de plus en plus répandu qui touche des millions de Français.

L’histoire d’André donne le vertige. Ce jeune ingénieur a dû cesser de travailler parce que la canicule l’a plongé dans des crises d’angoisse violentes. Il raconte une paralysie totale, une incapacité à se concentrer, surtout quand il pense aux prochains étés. Il a posé un arrêt maladie, mais il dit ressentir de la honte et préfère garder l’anonymat vis-à-vis de son employeur. La vague de chaleur qui a démarré mi-juin a duré près de deux semaines. Pour lui, ce fut un déclic brutal.

Ce mal porte un nom, l’éco-anxiété, conceptualisé en 1996 par la chercheuse Véronique Lapaige. Il ne s’agit pas d’une simple inquiétude passagère, mais d’un mal-être profond lié à la prise de conscience des bouleversements de la planète. L’Agence de la transition écologique estime que 16,6 millions de Français présentent des symptômes de détresse psychologique liés à l’environnement. Les 25-34 ans sont particulièrement touchés. Ils ont du mal à se projeter dans un monde réchauffé, et cela s’ajoute à leurs craintes pour l’emploi ou le logement.

Avant cet été, André se pensait épargné. Il n’avait pas le sentiment d’être spécialement concerné par l’écologie et les catastrophes climatiques. Il n’imaginait pas que cela arriverait si vite. Les incendies en Gironde et les vagues de chaleur successives ont changé la donne. Selon l’Observatoire de l’éco-anxiété, le nombre de personnes souffrant de ce trouble a bondi de 2,6 millions en quelques mois. Face à cette montée, les pouvoirs publics ont lancé fin juillet une campagne d’information intitulée « Comment gérer l’éco-anxiété ? ».

Le psychothérapeute Pierre-Éric Sutter distingue sept degrés dans cette angoisse. À partir du quatrième, la santé mentale est en danger. Le septième marque le passage vers des psychopathologies, avec parfois des pensées suicidaires. Sa formule est frappante. « L’éco-anxiété n’est pas une maladie mais elle rend malade. »

Pour aller mieux, il recommande les groupes de parole. C’est l’idée de l’association Makesense, qui organise des sessions nommées « Balance ton flip ». Cyril Chedeville, 59 ans, originaire de Gironde, raconte avoir ressenti un sentiment d’apocalypse. Il a quitté les réseaux sociaux pour ne plus voir les images de désastres qui tournent en boucle. Ces échanges lui ont permis de se sentir moins seul.

La docteure Catherine Lanchou, spécialiste du sujet, insiste sur plusieurs axes de guérison, comme la régulation des émotions et la recherche de sens. Mais surtout, elle observe que le rétablissement passe souvent par l’action. On commence à aller mieux quand on se dit qu’on a un rôle à jouer. Albane, 39 ans, en est la preuve. Devenue éco-anxieuse après un cours sur le changement climatique en 2010, elle a réorienté toute sa carrière. Aujourd’hui consultante en développement durable, elle aide les entreprises à changer leurs pratiques. Elle a quitté Paris après une canicule et affirme que l’objectif n’est pas de faire disparaître la peur, mais d’apprendre à vivre avec.

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