Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Sur les murs de Téhéran, la guerre s’affiche en grand

Dans la capitale iranienne, des fresques monumentales mettent en scène le récit officiel du conflit avec Israël et les États-Unis. Derrière ces images, un…

Article

le

Sur les murs de Téhéran, la guerre s'affiche en grand

Dans la capitale iranienne, des fresques monumentales mettent en scène le récit officiel du conflit avec Israël et les États-Unis. Derrière ces images, un petit studio travaille à toute vitesse pour coller à l’actualité.

Les murs de Téhéran sont devenus une tribune. Des affiches géantes, installées aux endroits les plus passants de la capitale, donnent à voir la guerre telle que la raconte le pouvoir iranien. Aux manettes, une équipe d’une poignée de personnes, jusqu’à huit, réunie au sein de « La Maison des designers ». Ce studio évolue dans l’un des plus grands groupes de médias publics du pays. Son directeur, Mostafa Kafaï, 32 ans, explique que tout part de l’actualité. Dès qu’une information tombe, son équipe se mobilise, rassemble les idées et se met au travail avec les graphistes. Des affiches urgentes peuvent sortir en quelques jours seulement.

Le résultat se décline en images fortes. L’une des plus marquantes s’attaque au détroit d’Ormuz, ce passage stratégique dont l’Iran revendique le contrôle. On y reconnaît une partie du visage du président américain, bâillonné, dont la couleur bleue épouse la forme du détroit. En dessous, une légende en persan et en anglais annonce « Point de rupture ». Une autre création enferme Donald Trump dans la boîte d’un prestidigitateur, avec cette phrase. « Fermez les yeux, vous avez disparu ! » La référence renvoie à un épisode de juillet en Turquie, quand le milliardaire a été transféré discrètement d’Air Force One vers un autre appareil, à bord d’un camion de ravitaillement, à cause de menaces qui pesaient sur sa sécurité. Ailleurs, un soldat iranien écrase sous son pied un drone sous-marin américain, clin d’œil à la saisie revendiquée par Téhéran dans le détroit d’Ormuz. On trouve encore un guerrier légendaire au milieu d’une mer déchaînée où brûlent des navires de guerre américains, avec ce slogan. « L’armée de Satan se noiera dans le golfe Persique. » Et une affiche reprend la pochette de l’album Nevermind de Nirvana, avec un Donald Trump en costume-cravate, sous l’eau, tentant d’attraper un billet d’un dollar. La légende ironise. « GRANDE VICTOIRE ! Détroit d’Ormuz ».

Le décor n’est pas anodin. Depuis le début de la guerre, déclenchée fin février par des frappes américano-israéliennes contre la République islamique, l’Iran a imposé de sévères restrictions à la navigation dans le détroit d’Ormuz, un passage vital pour le commerce mondial des hydrocarbures. En parallèle, l’armée américaine impose un blocus des ports iraniens. Dans les rues de Téhéran, d’autres panneaux géants célèbrent l’Iran, son ancien guide suprême Ali Khamenei, tué au début du conflit, et ses alliés comme le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, assassiné dans une frappe israélienne. Autour de Mostafa Kafaï, les murs du studio affichent les portraits d’Iraniens tombés en « martyrs » depuis la naissance de la République islamique en 1979.

Pour le directeur du studio, ces affiches placées dans les lieux les plus fréquentés permettent à ceux « qui ne s’intéressent peut-être pas particulièrement à la politique » de saisir « le contexte général » de la guerre. L’idée semble faire son chemin. Mahmoudreza Rezaï, 53 ans, se souvient d’un panneau sur lequel était écrit « cadeau de mariage de Satan ». « Cela m’a fait réfléchir quelques minutes », raconte-t-il. Quelque chose ressemblait à une énigme, dit-il, avant qu’il ne fasse le lien avec une attaque américaine dans le sud du pays en septembre, qui avait fait plusieurs morts lors d’un mariage. Sahar Jahedi, 24 ans, employée dans une pharmacie, a été marquée par l’affiche montrant Donald Trump dans sa boîte, place Jomhouri, au centre de Téhéran. « Beaucoup de gens ont des difficultés pour survivre et ils n’ont peut-être pas le temps » de suivre l’actualité, estime-t-elle. Des panneaux comme celui-ci peuvent, selon elle, jouer un rôle important pour les tenir davantage informés.

La communication ne s’arrête pas aux murs. Dès le début de la guerre, des comptes iraniens, officiels ou non, ont inondé les réseaux sociaux pour exposer leur vision du conflit, avec des vidéos créées par intelligence artificielle, certaines en animation façon Lego. Pour tenir le rythme, le studio de Mostafa Kafaï mise d’ailleurs largement sur Photoshop, mais aussi sur « différents moteurs d’IA, comme ChatGPT et Nano Banana ».

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus