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La Malaisie renvoie 1.500 Birmans vers une Birmanie en guerre

La Malaisie a lancé le rapatriement de milliers de Birmans détenus sur son sol. Un programme vivement critiqué, alors que le pays d’origine reste ravagé…

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La Malaisie renvoie 1.500 Birmans vers une Birmanie en guerre

La Malaisie a lancé le rapatriement de milliers de Birmans détenus sur son sol. Un programme vivement critiqué, alors que le pays d’origine reste ravagé par la guerre civile et que les familles redoutent le pire.

Trois navires de la marine birmane ont accosté au petit matin près de Thanlyin, dans la région de Rangoun. À bord, 1.476 personnes rapatriées de Malaisie. Parmi elles, 1.370 hommes, 79 femmes et 27 enfants. Dès l’aube, des centaines de familles s’étaient massées sur place, brandissant parfois les photos et les noms de proches disparus dans les centres de rétention malaisiens. Beaucoup sont reparties les mains vides. Un responsable militaire, mégaphone en main, a prévenu que les arrivants seraient dirigés vers différents points de la région et que les retrouvailles devraient attendre.

Le cas de Kyaw Myint, 55 ans, résume l’angoisse ambiante. Il espérait récupérer ses trois petits-enfants, détenus depuis dix-huit mois en Malaisie. Il redoute désormais qu’ils soient enrôlés de force, non seulement par l’armée, mais aussi par des groupes armés ethniques. Certaines familles ont tout de même pu repartir avec leurs proches. La plupart ont été écartées. Les nouveaux arrivants ont ensuite été embarqués dans des bus de la ville, certains portant des t-shirts proclamant leur amour pour la Birmanie. Un contraste saisissant avec l’inquiétude qui pèse sur ce retour.

Ce rapatriement ouvre la première phase d’un programme annoncé en juillet dernier, après l’interpellation temporaire d’une centaine de demandeurs d’asile rohingyas à Kuala Lumpur. Au total, 5.000 Birmans détenus ont accepté de rentrer volontairement. Les autorités malaisiennes n’ont pas précisé combien de Rohingyas figurent dans ce premier groupe, alors que cette minorité musulmane constitue la majorité des réfugiés birmans dans le pays. Des centaines de milliers d’entre eux ont fui la Birmanie en 2017 après une opération militaire d’une rare violence, aujourd’hui examinée par la Cour internationale de justice pour génocide.

Les organisations de défense des droits humains ne cachent pas leur préoccupation. Elles estiment que les conditions de détention en Malaisie, décrites comme épouvantables dans certains centres, ont pu pousser ces personnes à accepter un retour qu’elles n’auraient pas choisi autrement. Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est dit inquiet, rappelant qu’aucun État ne peut renvoyer quelqu’un vers un pays où il risquerait la persécution, la torture ou des menaces graves pesant sur sa vie. L’agence onusienne n’a pas été autorisée à rencontrer les personnes concernées pour vérifier que leur décision avait été prise librement et en connaissance de cause.

La Birmanie, de son côté, assure que ces personnes se trouvaient en détention pour des infractions liées à l’immigration. Depuis le coup d’État militaire de 2021, le pays est déchiré par une guerre civile qui a fait plus de 100.000 morts. Dans ce contexte, la sœur d’un homme sur le point d’être renvoyé résume l’angoisse générale. Elle ne sait pas à quoi sa vie pourra ressembler après son retour. La Malaisie prévoit déjà un deuxième convoi, avec plus de 3.500 personnes. Le dirigeant birman Min Aung Hlaing, à l’origine du coup d’État, doit lui-même se rendre prochainement à Kuala Lumpur pour discuter du programme.

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