Société
La mort de Jason Arday place les médias britanniques face à leurs responsabilités
Trois jours après son décès, des milliers de personnes ont rendu hommage à Jason Arday, professeur à Cambridge mort après une vague d’accusations de…

Trois jours après son décès, des milliers de personnes ont rendu hommage à Jason Arday, professeur à Cambridge mort après une vague d’accusations de plagiat. La colère monte contre la presse, jugée responsable avec le racisme.
À Londres, le rassemblement avait des allures de mise en accusation. Plusieurs milliers de personnes sont venues saluer la mémoire de Jason Arday, retrouvé mort à son domicile. Dans la foule, beaucoup refusent de s’adresser aux journalistes. Certains brandissent des pancartes avec un chiffre qui a fait le tour du pays. 249 articles en 22 jours. C’est le nombre de publications consacrées aux accusations de plagiat et de mensonges qui ont visé ce professeur de Cambridge. Pour ces soutiens, la presse britannique a joué un rôle direct dans sa disparition, tout comme le racisme.
Jason Arday était devenu un symbole. Le plus jeune professeur noir de Cambridge, un parcours hors norme pour un homme autiste, passé par des débuts difficiles. Son histoire avait été célébrée par de nombreux médias. Jusqu’à ce que des doutes apparaissent sur certaines de ses affirmations. Plagiat, exagérations, parcours jugé trop beau pour être vrai. Les articles se multiplient pendant l’été. Il démissionne début août. Une dizaine de jours plus tard, il est retrouvé mort. La thèse du suicide ne fait aucun doute, alors qu’un responsable a écarté tout élément suspect.
Du côté des journalistes, les positions restent défendues. Une éditorialiste de la presse conservatrice s’est demandé si elle avait écrit trop de textes sur Jason Arday. Sa conclusion est non. Elle estime que le professeur avait choisi d’être sous les projecteurs et avait lui-même construit une version mythifiée de son parcours. À gauche, un grand quotidien affirme avoir simplement voulu rétablir les faits. Il assure avoir traité l’affaire avec nuance, contrairement à la droite médiatique.
La pression monte pourtant autour de l’éthique. Le régulateur de la presse a reçu un très gros volume de plaintes et promet d’examiner d’éventuelles entorses au code. Un avocat spécialiste des médias considère que l’enquête était légitime à l’origine, mais qu’elle aurait dû s’arrêter à la démission de Jason Arday. Plusieurs proches avaient prévenu de sa fragilité psychologique. Les rédactions n’ont pas ralenti, elles ont continué sur la même lancée. L’avocat déplore que les décisions de publication soient de plus en plus confiées aux juristes plutôt qu’aux journalistes, qui devraient exercer un véritable jugement éditorial.
Dans ce climat de colère, une pétition a dépassé les 111.000 signatures. Quatre députés la soutiennent. Elle réclame une enquête publique pour garantir une presse responsable. Le gouvernement n’a pas encore répondu. Un responsable politique a demandé d’éviter les jugements trop rapides, tout en appelant à une vraie réflexion sur le chemin qui a mené à cette issue.
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