Économie
La fièvre des métaux précipite une jeunesse bolivienne dans les galeries mortifères


_**La ruée vers l’argent et l’étain, dopée par la demande mondiale, entraîne des travailleurs de plus en plus jeunes dans les profondeurs périlleuses du Cerro Rico, au mépris des protections les plus élémentaires.**_
Au cœur des Andes boliviennes, la montagne de Potosí, pourtant inscrite au patrimoine mondial, demeure le théâtre d’une exploitation minière aussi intense que dangereuse. Une nouvelle génération de travailleurs, attirée par la flambée des cours des métaux, s’engage dans ses entrailles à près de cinq mille mètres d’altitude. Ces hommes, parfois à peine sortis de l’adolescence, affrontent quotidiennement des conditions extrêmes pour extraire de l’argent, de l’étain ou du zinc.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nombre d’accidents mortels a connu une augmentation significative ces dernières années dans la région, faisant de ce département l’un des plus meurtriers du continent pour cette activité. Les galeries, exploitées sans relâche depuis le XVIe siècle, voient défiler des équipes qui se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour tenir le coup, beaucoup recourent à des stimulants traditionnels comme la feuille de coca, tandis que les mesures de sécurité industrielle restent notoirement insuffisantes.
Cette recrudescence des risques est directement liée à l’évolution du secteur. L’essentiel de la production nationale est désormais aux mains de coopératives. Or, avec la hausse des prix, nombre d’entre elles ont recours à une main-d’œuvre salariée, souvent dépourvue de tout contrat formel. Ces travailleurs, engagés dans un cadre légal flou, évoluent sans couverture sociale ni équipement de protection adéquat, les exposant à des situations de grande vulnérabilité.
Les services médicaux locaux constatent l’afflux régulier de blessés, majoritairement des novices âgés d’une vingtaine d’années. Des cas de mineurs âgés de treize ou quinze ans ont même été signalés, une pratique qui soulève de graves questions quant au respect des droits fondamentaux. La précarité économique pousse en effet certaines familles à envoyer leurs enfants au fond de la mine pour assurer la subsistance du foyer.
Face à ce constat, les autorités affirment vouloir renforcer la formation des coopérateurs sur leur demande, dans l’espoir d’endiguer l’hécatombe. Cette initiative se heurte cependant à la réalité d’un système productif où la recherche du profit immédiat prime trop souvent sur la sécurité des personnes. Le Cerro Rico, symbole historique de la richesse minérale, continue ainsi de payer son tribut en vies humaines, alimenté par une demande internationale qui ne faiblit pas.





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