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Ils rendent leurs médailles à Varsovie : l’amitié polono-ukrainienne vacille sur fond de mémoire douloureuse
Plusieurs hauts responsables ukrainiens ont annoncé depuis vendredi soir qu’ils renonçaient à leurs décorations polonaises. Une réaction en chaîne…


Plusieurs hauts responsables ukrainiens ont annoncé depuis vendredi soir qu’ils renonçaient à leurs décorations polonaises. Une réaction en chaîne déclenchée par la décision du président Karol Nawrocki de retirer la plus haute distinction du pays à Volodymyr Zelensky, après un désaccord lié à l’histoire sanglante de la Seconde Guerre mondiale.
L’affaire explose alors que les deux voisins étaient parvenus à mettre de côté leurs contentieux historiques face à la menace russe. Mais une décision prise fin mai par Kiev a ravivé les plaies profondes. Volodymyr Zelensky a choisi de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, l’UPA. Pour la Pologne, ce geste est une provocation directe. L’UPA est en effet accusée d’avoir orchestré le massacre de plus de 100 000 Polonais entre 1943 et 1945, dans la région de Volhynie. Varsovie considère ces actes comme un génocide. L’Ukraine reconnaît les tueries mais refuse le terme de génocide, évoquant un conflit tragique dans le tumulte de la guerre.
Le président polonais Karol Nawrocki s’est dit « indigné » et a décidé de retirer l’Ordre de l’Aigle blanc à son homologue ukrainien. Une décision immédiatement suivie d’une cascade de réactions à Kiev. Le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiga, le chef de l’administration présidentielle Kyrylo Boudanov et même l’ambassadeur ukrainien en Pologne Vasyl Bodnar ont annoncé tour à tour qu’ils rendaient leurs propres médailles polonaises. Sybiga a dénoncé sur Facebook une « escalade inutile » et estimé que les émotions avaient pris le pas sur la raison.
De son côté, le Premier ministre polonais Donald Tusk, pourtant un allié fidèle de l’Ukraine, a tenté de calmer le jeu. Il a déclaré sur X que ce conflit « réjouit Poutine et choque nos alliés », appelant les deux présidents à apaiser les tensions plutôt qu’à les attiser. Une position qui contraste avec celle de Nawrocki, un dirigeant connu pour ses positions critiques envers Kiev avant même son élection en 2025. Il s’était notamment opposé à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan et l’Union européenne. Vendredi soir, il a toutefois assuré que sa décision ne visait pas le peuple ukrainien et ne remettait pas en cause l’orientation stratégique de la Pologne en matière de sécurité.
La Russie, elle, observe la scène avec satisfaction. L’ancien président Dmitri Medvedev s’est réjoui sur les réseaux sociaux, accusant Kiev de proximité avec le nazisme. La porte-parole de la diplomatie russe a même ironisé en demandant si le dignitaire nazi Hermann Göring s’était vu retirer sa décoration polonaise. Un signal clair que Moscou compte bien exploiter cette querelle entre deux alliés de premier plan.
En Pologne, la mémoire des victimes de Volhynie est devenue un outil politique central, notamment chez les nationalistes. Certains conditionnent désormais leur soutien à l’Ukraine à une reconnaissance claire du génocide. Pourtant, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a tenté de rassurer dans une interview, affirmant que la Pologne reste favorable à l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne dès que les conditions techniques seront remplies. Il a cité les mots du secrétaire général de l’ONU : « Il est très difficile de s’entendre sur le passé. Il est beaucoup plus facile de s’entendre sur l’avenir. » Reste à savoir si cette crise éphémère laissera des traces durables ou si l’intérêt commun face à la Russie l’emportera une fois de plus.





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