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Grenoble : Dix morts en six mois, la guerre des narcos vire à la mise en scène macabre

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Le procureur de la République de Grenoble a dressé un constat alarmant, mercredi, sur une violence inédite liée au trafic de stupéfiants : dix homicides en six mois, des règlements de comptes filmés et diffusés sur les réseaux sociaux.

La cité alpine et sa périphérie sont le théâtre d’une escalade de la criminalité organisée. En l’espace de six mois, dix hommes ont perdu la vie dans des affrontements que le parquet qualifie de « guerres de territoires exacerbées ». Une nouveauté trouble émerge de ce climat de violence : les auteurs n’hésitent plus à capturer leurs actes en vidéo, une pratique destinée à intimider leurs concurrents. Le procureur Etienne Manteaux a souligné que cette « sinistre comptabilité » n’avait jamais été observée auparavant, contraignant les pouvoirs publics à une mobilisation sans précédent pour « interrompre cette mécanique de la vengeance ».

La dernière fusillade en date, survenue mardi soir dans un quartier sensible de Grenoble, a causé la mort d’un homme et blessé quatre autres. Toutes les victimes, âgées de 24 à 33 ans, possèdent de lourds antécédents judiciaires. L’homme décédé, atteint dans le dos, doit faire l’objet d’une autopsie. Les blessés, quant à eux, ont échappé de peu à la mort. Ces événements s’inscrivent dans une logique de représailles, en réponse à un autre homicide commis dimanche à Echirolles, où le corps d’un mineur de 16 ans a été retrouvé dans un véhicule incendié.

Le magistrat a observé un changement de paradigme dans les méthodes des trafiquants. « Un palier a été franchi », a-t-il affirmé, précisant que les tireurs ne cherchent plus à impressionner, mais à tuer. La diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux, montrant les exécutions, constitue une nouvelle forme de revendication. Une séquence filmée depuis l’habitacle d’une voiture, où un passager fait feu, a circulé abondamment. Une autre, correspondant à la scène d’Echirolles, montre un piéton dissimulé tirant sur un véhicule à l’arrêt.

Au-delà de ces dix décès, un corps en décomposition a été retrouvé le 11 mai dans le massif de la Chartreuse. La victime, âgée de 27 ans, présentait des signes d’asphyxie. Le procureur a souligné le défi que représentent ces organisations criminelles, capables de recruter des hommes de main via les réseaux sociaux et potentiellement pilotées depuis l’étranger. Il a proposé à la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, de relancer des groupes locaux de traitement de la délinquance, une initiative accueillie favorablement.

Dans un communiqué, l’adjoint à la Prévention et à la Sécurité a dénoncé des « épisodes de violence inacceptables » et réclamé des renforts de police judiciaire. De son côté, l’opposition de droite estime que Grenoble se « mexicanise », déplorant que les criminels filment et diffusent leurs exactions avec une impunité inquiétante.

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