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En Ukraine, la guerre se porte autour du cou

Des soldats commandent des pendentifs en forme de drones ou de chars pour ne jamais oublier leur quotidien au front. D’autres portent des bijoux censés…

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En Ukraine, la guerre se porte autour du cou

Des soldats commandent des pendentifs en forme de drones ou de chars pour ne jamais oublier leur quotidien au front. D’autres portent des bijoux censés protéger ou honorer les disparus.

À Kiev, dans un atelier, un joaillier façonne un pendentif qui ressemble aux hélices des drones qui survolent les lignes russes. Ces bijoux ne sont pas de simples accessoires. Ils racontent une guerre qui a transformé chaque aspect de la vie ukrainienne depuis quatre ans. Balles, chars, hélices, tout devient motif. Illia, un artisan de 26 ans, explique que ces objets aident les militaires à affirmer leur identité et celle de leur unité. Un opérateur de drones choisira un bijou en forme de drone. Un tankiste préférera un char. La boutique Karpenko propose aussi des pendentifs faits de pierres venues de l’île aux Serpents. Ce petit caillou en mer Noire est devenu un symbole de résistance après que sa garnison a envoyé paître la marine russe en 2022.

Les bijoux ne s’arrêtent pas aux cas individuels. Des brigades entières commandent des colliers pour tous leurs soldats, parfois par centaines ou par milliers. Ces pièces peuvent aussi rendre hommage à des camarades tombés au combat. Dans l’atelier, une femme polit un bracelet en argent massif en forme de chenilles de char. La guerre s’est glissée dans la musique, l’art, la mode. Kateryna Tytova, créatrice de bijoux, a fui Donetsk puis a vu son atelier détruit à Gostomel en 2022. Aujourd’hui installée dans une maison, elle conçoit des pendentifs qui transmettront la mémoire plus tard. Elle tient une petite fleur de coton en argent, une référence à une blague linguistique antirusse très répandue en Ukraine. Une autre création représente la statue de la Mère-Patrie à Kiev faisant deux doigts d’honneur.

Même les boutiques de luxe ont suivi le mouvement. Chez le bijoutier Dukachi, une vitrine fissurée, réparée avec du ruban adhésif après une frappe, donne sur la place Maïdan. Les pendentifs en forme de motanka, une poupée de tissu traditionnelle réputée protectrice, sont très demandés. La gérante de 27 ans raconte qu’une cliente a survécu à un bombardement juste après avoir acheté ce bijou. Elle ne l’a plus jamais quitté depuis. De son côté, la marque Tsvite Teren avait lancé des colombes de la paix en céramique blanche peu avant l’invasion. Ces pièces sont devenues des best-sellers, en Ukraine comme à l’étranger. Sa fondatrice, Olga Ostapenko, résume la réalité du pays : « Nous vivons sous le feu. Constamment. Même à Kiev. »

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