Monde
En Albanie un projet de luxe ravive une guerre des terres centenaire
Depuis la chute du communisme, les conflits fonciers n’ont jamais cessé de gangrener le pays. Un complexe hôtelier porté par des proches de Donald Trump…


Depuis la chute du communisme, les conflits fonciers n’ont jamais cessé de gangrener le pays. Un complexe hôtelier porté par des proches de Donald Trump jette une lumière crue sur ce problème irrésolu.
Minella Balliu a 68 ans. Devant lui, la mer Adriatique scintille. Mais son regard est ailleurs. Il serre contre lui une pochette bleue remplie de documents jaunis par le temps. Des plans cadastraux, des actes de propriété datant de 1933. Tout ce qui prouve, selon lui, que plus de 200 hectares de cette côte appartiennent à sa famille. Le problème, c’est que ces terres sont aujourd’hui au cœur d’un projet touristique hors norme. Ivanka Trump et son mari Jared Kushner veulent y bâtir un complexe hôtelier de luxe. Un projet qui fait des vagues bien au-delà de la petite localité de Zvërnec.
Depuis la chute de la dictature d’Enver Hoxha en 1991, l’Albanie n’a jamais réussi à régler la question de la propriété privée. Sous le régime communiste, tout appartient à l’État. Après 1991, une loi redistribue les terres agricoles aux paysans des coopératives. Mais elle oublie les anciens propriétaires spoliés. Résultat, des décennies de flou juridique. Des terres sont occupées sans base légale, parfois par la force. Aujourd’hui encore, plus de 100 000 dossiers de litiges fonciers attendent d’être jugés. Et ces conflits ne sont pas anodins ils ont fait plus de 200 morts en Albanie. Rien qu’en 2025, un juge a été abattu dans son tribunal alors qu’il s’apprêtait à trancher une affaire de ce type.
Minella Balliu ne compte pas lâcher prise. Il a porté plainte devant le parquet anticorruption, le SPAK. Il pointe une incohérence troublante des terres vendues en avril 2026 pour 122 millions d’euros alors qu’elles étaient estimées à 5 millions quelques mois plus tôt. Le SPAK enquête pour blanchiment d’argent. De son côté, l’homme d’affaires albanais Artur Shehu, qui a revendu le terrain, affirme lui aussi que ces terres sont à sa famille. Un prof d’anglais, Gentian Moçka, revendique aussi une partie des lieux il rêve d’y ramener paître ses chevaux. La justice suit son cours. Mais pendant ce temps, le projet Trump cristallise les tensions. À Kakome, à 300 km de là, des habitants ont même démonté les barbelés qui bloquaient l’accès à une baie depuis vingt ans. Le Club Med y avait déjà renoncé en 2009 à cause des problèmes de propriété. La guerre des terres, elle, n’en finit pas.
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