Société
Elle traque les moustiques et prépare le monde à leur menace grandissante
Depuis son enfance à Tahiti, une chercheuse de l’Institut Pasteur consacre sa vie à comprendre les insectes qui transmettent la dengue, le chikungunya ou…


Depuis son enfance à Tahiti, une chercheuse de l’Institut Pasteur consacre sa vie à comprendre les insectes qui transmettent la dengue, le chikungunya ou Zika. Avec le réchauffement climatique, son travail devient plus urgent que jamais.
Petite, à Papeete, elle regardait les moustiques avec une curiosité rare. Autour d’elle, une maladie transmise par ces insectes touchait alors 30% de la population polynésienne. La filariose de Bancroft, qui provoque des gonflements terribles des jambes et des bras, l’a marquée à vie. Elle s’est dit que travailler sur les insectes, c’est bien. Mais travailler sur ceux qui rendent malades, c’est encore mieux. À 63 ans, Anna-Bella Failloux dirige aujourd’hui l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur à Paris. Son parcours, c’est l’histoire d’une persévérance qui a fini par devenir indispensable.
Après son bac, elle quitte la Polynésie pour étudier la biologie à Toulouse. Elle y découvre le froid, mais aussi la rigueur scientifique. Une fois son diplôme en poche, elle retourne à Papeete pour travailler à l’Institut Malardé, où elle entame une thèse sur le ver responsable de la filariose. Mais sa vie bascule quand elle rencontre son mari en métropole. Elle s’installe à Paris et intègre l’Institut Pasteur. À l’époque, le réchauffement climatique n’était pas un sujet brûlant. Le moustique non plus. Pourtant, elle a persisté. Et quand le monde a commencé à s’inquiéter de la progression des maladies tropicales, son expertise est devenue précieuse.
Aujourd’hui, avec le réchauffement planétaire et l’explosion des voyages, les moustiques ont gagné du terrain. 80% de la population mondiale est désormais exposée à au moins une de ces maladies. La dengue, le chikungunya, la fièvre jaune ou Zika font plus d’un million de morts par an, surtout des enfants. Anna-Bella Failloux ne se contente pas d’observer les moustiques en laboratoire. Elle court après eux dans la nature, fouille les pneus et les décharges pour trouver leurs larves. Elle travaille main dans la main avec des anthropologues et des climatologues. Et pour l’avenir, elle prépare un nouveau centre de recherches dédié aux maladies vectorielles, où 30 millions d’euros seront investis. Son objectif est clair : développer des stratégies propres et durables contre ces insectes, notamment en étudiant leur microbiote. Accepter d’être piqué de temps en temps, dit-elle, c’est inévitable. Mais il faut éviter que trop de gens tombent malades et meurent.
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