Société
Des quais déserts et des usagers bloqués le jour de la grève SNCF
Mercredi, la SNCF a tourné au ralenti. Moins d’un TGV sur trois a circulé, et les trains du quotidien ont presque disparu. Au cœur de la contestation, la…


Mercredi, la SNCF a tourné au ralenti. Moins d’un TGV sur trois a circulé, et les trains du quotidien ont presque disparu. Au cœur de la contestation, la création de filiales privées qui inquiète les cheminots.
Les gares étaient loin d’être bondées ce mercredi. Partout en France, des centaines de trains ont été supprimés, du TER à l’Intercités en passant par les liaisons de banlieue. La SNCF a annoncé que le trafic était « conforme aux prévisions », mais pour les voyageurs, la journée a été un casse-tête. À Paris Montparnasse, les halls semblaient presque vides. Les clients des grandes lignes avaient été prévenus individuellement et avaient pu échanger leurs billets. Certains ont eu de la chance comme Nicolas Gagnez, un chef d’entreprise qui se rendait à Vannes. « C’est un miracle, mon TGV a été maintenu, les trains précédents ont été annulés, ceux d’après aussi », raconte-t-il.
Mais pour ceux qui prennent les trains régionaux ou de banlieue, la galère a été totale. Sans réservation individuelle, beaucoup se sont retrouvés sur les quais sans savoir si un train allait passer. Prunelle Traore, étudiante en droit et stagiaire au tribunal de Versailles, est restée coincée à Montparnasse. « Impossible d’arriver à l’heure à mon stage », dit-elle. Même scène à Mérignac, près de Bordeaux, où Nicolas Agelisas, infirmier de 47 ans, cherchait en vain son train sur les écrans. « Sur l’application, le train de 08h07 est affiché, mais sur l’écran d’affichage, il n’y est pas. Celui de 08h30 non plus, ni celui d’après », s’inquiète-t-il. À Lille, Nathalie Correira, venue de Saint-Amand-les-Eaux, a dû accepter de perdre trois heures de travail qu’elle devra rattraper, car le dernier train partait à 17h30. Même un touriste américain, Sasha Beresowsky, a dû annuler son voyage prévu à Louhans, espérant pouvoir y aller jeudi.
Derrière cette journée de perturbation, il y a une colère qui monte chez les cheminots. Les quatre principaux syndicats CGT, Unsa, SUD-Rail et CFDT ont appelé à la grève pour réclamer un moratoire sur l’ouverture à la concurrence et des hausses de salaire face à l’inflation. Ce qui les fâche vraiment, c’est la filialisation lancée par la SNCF pour répondre aux appels d’offres des régions. Concrètement, quand une région choisit un opérateur pour ses lignes, la SNCF crée une filiale privée pour y participer. Les salariés sont alors transférés dans cette nouvelle entité, avec à la clé, selon Julien Delion, conducteur et syndicaliste CGT à Bayonne, « moins de jours de repos et des temps de travail plus longs ». Ceux qui refusent le transfert risquent le licenciement, car tout un territoire bascule vers la concurrence. « L’ambiance est très anxiogène », ajoute-t-il, surtout dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques où l’ouverture à la concurrence arrive bientôt.
La direction reconnaît l’ampleur du changement. Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, a confirmé que 27 000 salariés sont concernés par ces transferts dans des filiales locales, de la taille de PME. Il parle d’une « transformation interne majeure » mais assure que tout est fait pour que cela se passe bien. Pourtant, les syndicats comparent cette situation à celle de France Telecom il y a quelques années. Le bouleversement des habitudes de travail est tel que les plus fragiles trinquent. Depuis début 2026, treize suicides ont été recensés à la SNCF. La direction dit être à l’écoute mais précise qu’aucun de ces salariés n’était dans une entité ouverte à la concurrence ni soumise à transformation. Le débat, lui, reste ouvert sur les rails.
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