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Des poulets morts étouffés et des moissons sous haute tension

Pour la première fois en 42 ans de carrière, un éleveur vendéen a perdu la moitié de ses volailles en une seule journée. Cette canicule précoce et intense…

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Des poulets morts étouffés et des moissons sous haute tension

Pour la première fois en 42 ans de carrière, un éleveur vendéen a perdu la moitié de ses volailles en une seule journée. Cette canicule précoce et intense pousse les agriculteurs français dans l’inconnu.

Il y a des journées qui marquent une vie entière. Pour Stéphane Delapré, éleveur de poulets en Vendée, ce fut lundi. La moitié de ses volailles sont mortes, étouffées par une chaleur qui a atteint 41 degrés. Certaines étaient dans les bâtiments, d’autres sous les arbres. Rien n’a suffi. Pas même les ventilateurs installés pour brasser l’air. À 60 ans, il n’avait jamais vu ça. Ses 4 400 poulets par bâtiment, ses cailles, tout a souffert. Il attendait mardi matin l’équarrisseur pour enlever les carcasses. Il espère que ceux qui restent tiendront le coup. Mais le choc est là.

À quelques kilomètres de là, Régis Bonnin a installé brumisateurs et douchette pour ses 120 vaches laitières. Il a déjà perdu une génisse, fragilisée par les poumons. Ses vaches produisent 4 à 5 litres de lait en moins chaque jour. Il a repoussé la moisson de son blé par peur de déclencher un incendie avec sa moissonneuse-batteuse, alors que le thermomètre dépasse les 42 degrés. Ses voisins ont déjà dû éteindre deux départs de feu. Et son maïs, encore bas, l’inquiète. Si la floraison survient sous plus de 30 degrés, le pollen devient stérile. Les épis risquent d’être moins garnis. Pour l’instant, rien n’est perdu, mais la menace est réelle.

Dans le Loiret, Sébastien Méry a la chance de pouvoir irriguer son maïs. Il garde espoir pour sa récolte de blé et colza, à condition de pouvoir moissonner tard le soir et tôt le matin. Mais encore faudrait-il que les coopératives agricoles élargissent leurs horaires d’ouverture. En Charente-Maritime, des arrêtés préfectoraux interdisent déjà la moisson en pleine journée. Stéphane Baron, céréalier, attend des rendements catastrophiques. Sa coopérative a décalé ses horaires, mais après une année déjà compliquée par la pluie et un coup de chaud en mai, le calcul est simple. Il a moissonné la moitié de ses champs mi-juin, avec un rendement de blé tendre qui plafonne à 38 quintaux à l’hectare. Il en faudrait au moins 65 pour être rentable.

Cette canicule plonge le monde agricole dans une situation inédite. Franck Laborde, de la FNSEA, explique que si un peu d’eau arrive, les maïs et tournesols pourraient résister. Mais pour les récoltes en cours, les accidents sont nombreux. Un grain trop petit ou trop sec peut être éjecté avec la paille lors du tri. Ce qui frappe surtout, c’est la comparaison avec 2003. Cette canicule-là avait eu lieu en août, quand les jours sont plus courts et le cycle des cultures presque achevé. Là, c’est le début de l’été. Les plantes sont en pleine croissance. Iñaki García de Cortázar-Atauri, chercheur à l’Inrae, parle d’une succession d’événements extrêmes qui s’enchaînent. Il n’y a pas de solution miracle face à cet effet cocotte-minute. Chaque territoire, chaque filière doit imaginer ses propres réponses. Mais le temps presse et les corps encaissent.

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