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Des mains sur les fronts, des corps qui tombent et une Église qui s’inquiète

Au sous-sol d’un centre commercial près de Fatima, des dizaines de fidèles se font « exorciser » par un jeune homme en soutane. L’Église catholique monte au…

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Des mains sur les fronts, des corps qui tombent et une Église qui s'inquiète

Au sous-sol d’un centre commercial près de Fatima, des dizaines de fidèles se font « exorciser » par un jeune homme en soutane. L’Église catholique monte au créneau contre ces rituels qu’elle juge dangereux.

Dans une salle située sous un centre commercial, au Portugal, des scènes troublantes se répètent chaque mois. Une centaine de personnes sont assises, silencieuses. Un à un, les fidèles se lèvent et s’approchent de Francisco Marques, 27 ans, visage pâle, cheveux roux, vêtu d’une soutane noire. Il pose ses deux mains sur le front des participants. Beaucoup de femmes basculent alors en arrière, soutenues par des assistants, puis s’allongent sur un tapis. Certaines crient, se débattent, comme en transe. Pour Lurdes Ramísio, une infirmière de 56 ans, c’est une libération. « Je repars d’ici avec l’âme légère », raconte-t-elle. « Ces mains transmettent un pouvoir en moi. » La séance est organisée par la « Prélature Saints Pierre et Paul », une structure créée en 2006 que l’Église officielle a désavouée. Un Italien, Salvatore Micalef, qui se présente comme évêque, a même décrété que Francisco pouvait pratiquer des exorcismes.

L’Église catholique voit ces rites d’un très mauvais œil. L’évêque de Leiria-Fatima, José Ornelas, rappelle que l’exorcisme existe bien dans la religion catholique, mais qu’il est entouré de précautions. Il faut éviter que les prêtres passent pour des gourous avec du pouvoir sur les démons. Dès 2021, le diocèse avait publié un avertissement contre ces « retraites suspectes » menées par un « prétendu séminariste ami du pape » et un « évêque qui se présente comme exorciste du Vatican ». Aujourd’hui encore, Mgr Ornelas dénonce un abus. L’Église n’a pas le pouvoir d’interdire ces rituels, mais elle veut alerter sur ceux qui pourraient exploiter la souffrance des autres pour leur propre bénéfice. Pour lui, ces pratiques frôlent l’escroquerie spirituelle.

De son côté, Francisco Marques se dit victime d’une persécution. Il a porté plainte pour diffamation contre l’Église. « On nous a traités de faux prêtres, de faux évêque, d’escrocs. Nous devons défendre notre dignité », assure-t-il. Chaque dimanche, il officie dans une chapelle privée aménagée chez lui, dans un village à une centaine de kilomètres au nord de Fatima. Il affirme que ses séances d’exorcisme sont gratuites, mais reconnaît qu’elles sont financées par les dons des croyants. Il vend aussi des livres, du sel « exorcisé », de l’eau bénite ou des onctions. Sur une table, on trouve des cartes de visite avec une photo de lui aux côtés du pape François, un numéro de téléphone et un numéro de compte bancaire. De quoi alimenter les soupçons de l’Église, qui voit là un business bien rodé.

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