Monde
Dans la poussière du Liban, elle cherche la tombe de son frère jumeau
Au Liban, le cimetière de Deir Qanoun accueille les victimes d’une guerre sans fin depuis des décennies. Chourouk Hariri, 32 ans, y pleure son frère…


Au Liban, le cimetière de Deir Qanoun accueille les victimes d’une guerre sans fin depuis des décennies. Chourouk Hariri, 32 ans, y pleure son frère jumeau, tué en secourant des civils.
Les habitants reviennent doucement dans le village dévasté de Deir Qanoun an-Nahr, dans le sud du Liban. Un accord entre les États-Unis et l’Iran vient d’être annoncé, censé mettre un terme à la guerre régionale. Mais pour beaucoup, le retour est une épreuve. Assise sur un parpaing, Chourouk Hariri sanglote devant trois grands portraits. Celui de son frère jumeau Ahmad, celui d’un camarade et celui de son oncle. Elle est rentrée la veille, elle voulait voir pour croire. Ahmad était photographe de métier, mais aussi secouriste volontaire. Le 22 mai, il évacuait une famille visée par une frappe israélienne quand il a été tué avec deux autres secouristes. Il laisse une femme et une petite fille de trois ans. Son oncle Ali, responsable des secouristes d’un mouvement allié au Hezbollah, raconte qu’ils étaient huit dans l’équipe. Trois sont morts en faisant leur devoir.
Dans ce village paisible de la région de Tyr, réputé pour son huile d’olive, presque chaque famille pleure quelqu’un. Le responsable municipal annonce au moins 55 tués depuis mars, sur environ 11 000 habitants. Trente-cinq frappes israéliennes ont frappé le village. Aux derniers jours de la guerre, seules 400 personnes étaient encore là. « Dans chaque famille, si ce n’est pas un frère, c’est un cousin », dit-il. Les nouvelles tombes côtoient celles des guerres précédentes, celle d’octobre 2023 à novembre 2024 et celle de 2006. Au moins 50 maisons ont été détruites, 150 autres sont inhabitables. Dans une ruelle, un drapeau du Hezbollah flotte sur un amas de ruines. C’est là que 14 personnes, dont 13 membres d’une même famille, ont péri le 19 mai. Un agriculteur de 64 ans montre les décombres de la maison de son cousin, mort avec sa femme, ses filles, son gendre et leurs enfants.
Le village a une histoire lourde. Les habitants rappellent avec fierté que le premier kamikaze du Hezbollah en était originaire. En novembre 1982, lors de l’invasion israélienne, un jeune de 18 ans avait fait exploser sa voiture contre le siège du gouverneur militaire à Tyr, tuant des dizaines de personnes. Aujourd’hui, Hachem Safieddine, numéro deux du Hezbollah assassiné par Israël en octobre 2024, repose dans un mausolée de son village natal. Dans la rue principale, les commerces sont en ruine, des voitures calcinées. Dalal Safieddine, 54 ans, mère de trois enfants, inspecte les dégâts dans son magasin d’articles ménagers. Sa maison aussi a été touchée. Elle a perdu cinq membres de sa famille, tous membres du Hezbollah. « Nous sommes une famille de résistants », dit-elle. « C’est normal de faire des sacrifices, mais au final, nous vaincrons. »
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