Politique
Dans la jungle cambodgienne, caméras et IA percent le secret des animaux fantômes
Au cœur du massif des Cardamomes, un projet mêlant pièges photographiques, capteurs audio et intelligence artificielle révèle une faune insoupçonnée…


Au cœur du massif des Cardamomes, un projet mêlant pièges photographiques, capteurs audio et intelligence artificielle révèle une faune insoupçonnée menacée par la déforestation. L’objectif est clair : protéger ces espèces avant qu’il ne soit trop tard.
C’est une forêt tropicale immense, l’une des dernières de la région, qui s’étend sur plus d’un million d’hectares dans le sud-ouest du Cambodge. Pendant des décennies, les Cardamomes ont été dévastées par une déforestation galopante et un braconnage intense. Mais aujourd’hui, un projet de surveillance inédit tente de lever le voile sur la vie cachée de ces montagnes. Des centaines de caméras automatiques, des micros dissimulés et un logiciel d’intelligence artificielle travaillent de concert pour capturer chaque mouvement, chaque cri. L’idée est simple : mieux connaître pour mieux protéger.
Une organisation de conservation a ainsi déployé près de 150 appareils photo capables de se déclencher sans intervention humaine. Résultat ? Plus de 100 espèces ont été recensées, dont une vingtaine sont classées vulnérables ou menacées. Parmi elles, des éléphants, des pangolins, des macaques à queue de cochon et des dholes, des canidés sauvages rares. Mais certains habitants de la canopée restent impossibles à photographier. Les gibbons à crête, par exemple, vivent trop haut et se déplacent trop vite pour les caméras. C’est là qu’intervient l’IA. Des capteurs bioacoustiques enregistrent les chants de ces primates, et un programme a été entraîné pendant trois mois à les reconnaître. En six semaines seulement, près de 800 cris ont été captés. Avec l’aide d’un habitant local, qui se dit « homme de la jungle » après des années passées à récolter la résine des arbres, les gardes forestiers placent les appareils aux bons endroits. Sa fierté est grande quand il voit défiler les images d’animaux qu’il a lui-même aidé à révéler.
Pourtant, la menace reste bien réelle. Si le braconnage a reculé, les projets d’infrastructure comme les barrages continuent de grignoter la forêt. En cinq ans, la zone protégée des Cardamomes centrales a perdu près de 7 000 hectares de couvert arboré. Les scientifiques espèrent que ces preuves tangibles de la richesse de la faune locale convaincront les autorités de préserver ce sanctuaire. Chaque cri de gibbon, chaque image d’éléphant est une arme de plus dans la bataille pour sauver l’un des derniers poumons verts d’Asie du Sud-Est.
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