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Ceuta les a épuisés, des milliers de migrants rebroussent chemin

Après des jours passés à déambuler sans rien manger, des milliers de personnes renoncent à l’enclave espagnole et repassent au Maroc. Les rues se vident…

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Ceuta les a épuisés, des milliers de migrants rebroussent chemin

Après des jours passés à déambuler sans rien manger, des milliers de personnes renoncent à l’enclave espagnole et repassent au Maroc. Les rues se vident peu à peu, mais les visages restent marqués par le désespoir et la fatigue.

Samedi matin, des flots de migrants continuaient de franchir la frontière en sens inverse. Ils étaient là, pieds nus, parfois couverts d’une simple couverture de la Croix-Rouge, visiblement exténués après plusieurs jours à arpenter les rues de Ceuta. Des soldats et des gardes civils espagnols leur indiquaient la sortie. Parmi eux, Abdel Latif, 23 ans, racontait repartir parce qu’il n’y avait rien à manger. Ce jeune mécanicien vivait de petits boulots au Maroc, il avait tenté sa chance pour trouver du travail. Il n’a trouvé que l’épuisement et l’indifférence.

Le mouvement est massif. Selon une estimation locale, environ 60 000 migrants ont déferlé sur ce territoire espagnol en deux ou trois jours, quand le ministère de l’Intérieur avance un chiffre de 50 000. Au moins 67 personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, a reconnu le ministre Fernando Grande-Marlaska, qui a évoqué des événements tristes et dramatiques. La quasi-totalité de ces arrivants est désormais repartie. Cette enclave de 84 000 habitants, posée à la pointe nord du Maroc, incarne l’une des rares frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe. L’afflux a provoqué une crise inédite et ravivé les querelles diplomatiques au sein de l’Union européenne sur la politique migratoire à adopter.

Certains, pourtant, ne se résignent pas encore. Deux hommes se sont écroulés sur le sable samedi, épuisés par leur traversée à la nage. L’un d’eux, très affaibli, a été pris en charge par la Croix-Rouge et évacué sur un brancard. Un autre a été repêché par la Garde civile puis ramené vers le Maroc. Un soldat poussait vers la sortie un homme aux vêtements encore trempés. Plus loin, des bateaux installaient une barrière flottante pour bloquer les nouvelles tentatives. Soufiane, 42 ans, arrivé jeudi à la nage, résume l’état d’esprit de beaucoup. Agent de sécurité au Maroc, il travaille douze heures par jour pour 10 euros, et raconte qu’il n’y a pas d’avenir chez lui. Il portait un œil au beurre noir et une coupure à la joue, après une bagarre éclatée lors d’une distribution de nourriture.

La ville, elle, tente de retrouver son rythme. Les boutiques ont rouvert, les cafés sont pleins, la circulation est redevenue dense. Devant une supérette, une file de Marocains attendait d’entrer. Le personnel avait fermé les portes, deux policiers les ont chassés un instant, puis la file s’est reformée. Le ministre de l’Intérieur assure que la situation est presque revenue à la normale. Irene Benítez, cuisinière de 40 ans, ne voit rien de normal ni de tranquille dans les rues de sa ville. Elle parle de peur, de trop. Dris, 58 ans, chargé de victuailles, trouve au contraire que tout va bien depuis que la police est là. Chacun regarde cette crise à sa manière, mais tous ont vu l’image d’une frontière qui n’a jamais été aussi poreuse, ni aussi dure à vivre pour ceux qui la traversent.

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