Europe
Ces danseurs japonais ont choisi la Russie pour le ballet, et la guerre n’a pas changé leur passion


À Nijni-Novgorod, Jotaro et Harouka vivent pour la danse classique russe, un rêve qu’ils poursuivent depuis des années, malgré les drones et les restrictions qui s’invitent parfois dans leur quotidien.
Jotaro a quitté le Japon il y a quatorze ans pour rejoindre la patrie du Bolchoï et du Mariinsky. Aujourd’hui premier danseur au théâtre d’opéra et de ballet de Nijni-Novgorod, il enchaîne les rôles majeurs, du sorcier Rothbart dans « Le Lac des cygnes » à Albrecht dans « Giselle ». Sa compatriote Harouka, vingt ans, est arrivée six ans plus tard, poussée par le même rêve. Au Japon, dit-elle, il n’existe pas d’école nationale de ballet. Alors la Russie s’est imposée comme l’évidence. Leur vie, c’est le théâtre, la maison, le théâtre encore. Un rythme qui les coupe presque du monde extérieur.
Pourtant, la guerre en Ukraine n’est jamais très loin. Depuis février 2022, les danseurs étrangers sont nombreux à avoir quitté la Russie, et des étoiles russes comme Olga Smirnova sont aussi parties. Mais Jotaro et Harouka tiennent bon. Harouka avoue ne pas se sentir directement concernée par l’actualité. Ce sont ses proches, au Japon, qui s’inquiètent et lui envoient des articles sur ce qui se passe en Russie. Elle, elle travaille, ne pense qu’au ballet. Pourtant, les frappes ukrainiennes touchent parfois Nijni-Novgorod, pourtant à plus de 800 kilomètres de la frontière. La raffinerie Lukoil de Kstovo, à vingt kilomètres du centre-ville, a été visée ces dernières semaines.
Au quotidien, ce sont surtout les difficultés numériques qui rappellent le conflit. Les messageries sont bloquées, l’accès à l’internet mobile restreint. Harouka doit utiliser un VPN pour rassurer sa famille. Mais pour Jotaro, le calcul est simple. Au Japon, la carrière de danseur classique est quasi impossible. « Tant que je pourrai danser, je resterai ici », glisse-t-il. Leur directeur de troupe, Valéri Konkov, confirme que de nombreux danseurs japonais sont diplômés des meilleures écoles russes. Le ballet les a menés là, et rien, pas même la guerre, ne semble prêt à les en déloger.





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