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Au Zimbabwe, la cuisine d’antan fait son grand retour dans les assiettes
À Bulawayo, les restaurants de rue misent sur le sadza, le mil et le sorgho pour remplacer la malbouffe. Une tendance qui séduit de plus en plus de…


À Bulawayo, les restaurants de rue misent sur le sadza, le mil et le sorgho pour remplacer la malbouffe. Une tendance qui séduit de plus en plus de clients, entre santé et nostalgie.
Chaque matin, dans une gargote de Bulawayo, une cuisinière remue à deux mains une épaisse bouillie de sadza, la farine de maïs qui reste l’aliment de base du Zimbabwe. À côté d’elle, un tripode de sorgho bouillonne, pendant que des hommes dépiautent une tête de bœuf et que d’autres préparent tomates et piments. C’est le rituel quotidien de Siphatisiwe Ncube, restauratrice de rue qui voit affluer une clientèle de plus en plus nombreuse, attirée par la valeur nutritionnelle des céréales traditionnelles comme le mil et le sorgho. Les Zimbabwéens se détournent peu à peu de la junk-food et des aliments ultra-transformés pour revenir à ces plats d’autrefois.
Le mouvement prend de l’ampleur. Il y a cinq ans, on comptait moins de dix établissements de ce type à Bulawayo, la deuxième ville du pays. Aujourd’hui, ils sont une trentaine, selon Makhosi Mahlangu, enseignant et spécialiste de l’alimentation. Ce changement de cap répond à un vrai problème de santé publique. L’abandon des céréales, des légumineuses et des légumes-feuilles locaux a provoqué des carences persistantes en fer, en zinc et en vitamine A. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les régimes malsains figurent parmi les principales causes d’obésité, de diabète et d’accidents vasculaires cérébraux. Une étude mondiale estime même qu’un décès sur cinq est lié à une mauvaise alimentation, à mesure que la restauration rapide et les produits ultra-transformés envahissent les assiettes.
Pour Siphatisiwe Ncube, 49 ans, ce retour aux sources est une évidence. Elle a lancé sa petite cuisine de rue il y a quinze ans, en s’inspirant des plats bouillis qu’elle préparait pour ses frères, qui préféraient ces recettes aux mets frits. Aujourd’hui, elle emploie plus d’une douzaine de personnes à plein temps et sert des repas à base de poulet fermier bouilli et de sadza à petits grains pour 5 dollars. Sa clientèle compte beaucoup de Zimbabwéens de retour d’expatriation en Afrique du Sud ou au Royaume-Uni, qui retrouvent les goûts de leur enfance. Une ancienne Miss Zimbabwe, Nomusa Ndiweni-Emiyoit, raconte qu’à l’étranger, elle était frustrée de voir les Ghanéens, les Nigérians ou les Camerounais avoir accès à leurs plats traditionnels, tandis qu’elle en était privée. Non loin de là, Taurai Gona, gérant du restaurant Kwesintu, résume la philosophie du mouvement: les gens comprennent que la prévention vaut mieux que le remède, alors pourquoi ne pas adopter une alimentation saine et renouer avec les traditions?





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