Monde
Au Tchad l’afflux de réfugiés du Soudan menace de s’arrêter faute d’argent
Depuis avril 2023, la guerre civile au Soudan a jeté sur les routes des millions de personnes. À la frontière tchadienne, les Tchadiens qui reviennent…

Depuis avril 2023, la guerre civile au Soudan a jeté sur les routes des millions de personnes. À la frontière tchadienne, les Tchadiens qui reviennent chez eux affluent toujours plus nombreux, mais l’aide humanitaire qui les soutient pourrait s’éteindre faute de financement.
Sous un soleil écrasant, les charrettes chargées de bidons d’essence et de nourriture traversent sans cesse la frontière vers le Soudan. Au retour, elles ramènent des familles entières fuyant les combats. Depuis le début du conflit entre l’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide, plus de 400 000 Tchadiens sont revenus chez eux. Et le rythme s’accélère. Des représentants locaux estiment que 5 000 personnes supplémentaires s’apprêtent à franchir la frontière dans les prochains jours. Mais sur place, les ressources manquent déjà. Un responsable du département d’Assoungha le dit sans détour : les autorités ne savent pas comment prendre en charge ces nouveaux arrivants.
Dans le camp de Tongori, où s’entassent plus de 13 000 personnes, le désespoir est palpable. Un homme de 59 ans, le regard sombre, interpelle les responsables présents. « On n’a plus de nourriture depuis six mois. C’est vous qui nous avez amenés ici, soyez responsables de nous », lance-t-il. Autour de lui, des centaines de retournés partagent le même sentiment d’abandon. Beaucoup avaient un travail au Soudan et se retrouvent aujourd’hui sans activité. Une femme de 30 ans, un voile noir et blanc autour du visage, raconte que des bijoux, des parfums, des chaussures étaient fabriqués là-bas. Ici, ces compétences restent inutilisées. « Il faut trouver le moyen de valoriser ces savoirs et créer des opportunités de travail », insiste une responsable onusienne en visite. Mais elle reconnaît que l’aide d’urgence seule n’est pas une solution durable.
Le problème est concret. Le plan de réponse de l’Organisation internationale pour les migrations pour l’Est du Tchad n’est financé qu’à 19 % sur les 21 millions de dollars nécessaires pour 2026. Si les fonds n’arrivent pas, l’assistance humanitaire pourrait s’arrêter après octobre de cette année. Les retournés tchadiens ont pourtant exactement les mêmes besoins que les réfugiés soudanais, mais ils sont bien moins soutenus. Alors que la guerre continue de l’autre côté de la frontière, la question devient vitale : comment empêcher que ceux qui ont tout perdu ne se retrouvent sans rien, une fois de plus ?
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