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Au Nigeria, des parents ne veulent plus envoyer leurs enfants à l’école après un enlèvement de masse
Depuis un mois, 46 élèves et enseignants ont été kidnappés dans le sud du Nigeria, une région jusque-là relativement épargnée. Les familles, meurtries et…


Depuis un mois, 46 élèves et enseignants ont été kidnappés dans le sud du Nigeria, une région jusque-là relativement épargnée. Les familles, meurtries et terrifiées, disent ne plus pouvoir envisager de retourner à l’école.
Dans une petite maison du village de Yawota, dans l’État d’Oyo, deux sœurs attendent sans nouvelles. Le fils de Deborah Oyedele et les deux garçons d’Abosede Ojedele font partie des 46 personnes enlevées le 15 mai dans deux écoles voisines. Les plus jeunes victimes n’avaient que 2 ans. L’armée nigériane a attribué cette attaque aux jihadistes de Boko Haram, un groupe connu pour ses enlèvements massifs dans le nord du pays. Mais ici, dans le sud, c’est une première. Et le choc est immense. Abosede serre sa fille de trois ans dans ses bras en racontant qu’elle réclame sans cesse ses frères et son cousin, sans comprendre pourquoi ils ont disparu.
Les villages de Yawota et Ahoro-Esinele ont été vidés de leurs habitants. Beaucoup de maisons et de commerces ont fermé. Les rues sont devenues silencieuses. Une mère, épuisée par l’attente, affirme qu’elle ne remettra plus ses enfants à l’école dans cette localité. « Il n’y aura plus d’école pour eux ici », dit-elle. Même la grand-mère, qui avait encouragé sa belle-fille à devenir enseignante dans cette zone, regrette amèrement sa décision. La jeune femme et son bébé de deux ans comptent parmi les kidnappés. « Je ne pourrai plus lui conseiller de continuer à enseigner », confie-t-elle, espérant encore les retrouver sains et saufs.
Le lendemain de l’enlèvement, une équipe de soldats, de paramilitaires et de chasseurs a traqué les assaillants pendant près de cinq heures dans une réserve naturelle. Un chasseur raconte avoir entendu des tirs après avoir fait vrombir leurs motos. Un homme a été tué, plusieurs blessés. Depuis, une unité militaire a été déployée dans l’une des écoles visées. Mais la peur reste tenace. Le syndicat national des enseignants a demandé le retrait des professeurs des écoles dans l’État d’Oyo, par crainte que de nouvelles attaques ne se produisent. Un enseignant installé à 55 kilomètres de là avoue ne plus se sentir en sécurité. « Si cela a pu leur arriver là-bas, personne n’est en sécurité », dit-il, redoutant une baisse des inscriptions.
Cette attaque inédite dans le sud du Nigeria suscite des craintes d’une expansion jihadiste vers des régions considérées comme plus sûres. Elle représente aussi un défi politique pour le président Bola Tinubu, qui briguera un second mandat en janvier. Le directeur adjoint de la police assure que toutes les forces sont mobilisées pour ramener les enfants et les enseignants. Mais les familles, elles, comptent les jours. Et dans les champs voisins, les enfants qui travaillent jouent et crient, un bruit joyeux qui contraste avec le silence pesant des villages frappés par le drame.
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