Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

En Colombie, 99 guérilleros rendent les armes et misent sur une nouvelle vie

Ce jeudi, dans la jungle du Putumayo, une centaine de combattants de la Coordination nationale Armée bolivarienne ont déposé leurs fusils. Un geste rare…

Article

le

En Colombie, 99 guérilleros rendent les armes et misent sur une nouvelle vie

Ce jeudi, dans la jungle du Putumayo, une centaine de combattants de la Coordination nationale Armée bolivarienne ont déposé leurs fusils. Un geste rare et fort, à trois jours d’une présidentielle qui pourrait tout changer.

Ils étaient 99. En tenue camouflage, sac à dos sur les épaules, ils ont avancé un par un vers un immense conteneur. Dessus, une phrase était inscrite, « Je parie sur la vie, je tiens parole pour la paix ». Sous les yeux d’observateurs internationaux et de l’Église catholique, ils ont laissé tomber leurs armes. Un geste lent, presque solennel. « Je suis fier de contribuer à la paix », a lancé un guérillero qui se fait appeler Ferney. « Mon souhait est de me former à quelque chose pour ne plus jamais retourner à quoi que ce soit d’illégal. » Un autre combattant, anonyme, a parlé de sa joie immense de ne plus être loin de sa famille.

Cette cérémonie est une première dans le cadre de la politique de « paix totale » promise par le président Gustavo Petro. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, il a tenté de négocier avec tous les groupes armés, mais un par un, ils ont claqué la porte. Guérillas d’extrême gauche, paramilitaires d’extrême droite, narcotrafiquants… Tous ont rompu le dialogue. Sauf la Coordination nationale Armée bolivarienne, une dissidence des anciennes FARC. « C’est un message très fort pour la société colombienne, à une époque où l’on entend beaucoup de bruit de guerre », a expliqué Armando Novoa, le chef de la délégation de paix du gouvernement. Le désarmement est d’autant plus remarquable qu’en Colombie, un tel dépôt d’armes en cours de négociation est très rare. Les FARC l’avaient fait en 2006, un an après leur accord historique.

Les 99 hommes ne quittent pas tout de suite la jungle. Ils vont passer dix mois dans une zone qui était autrefois consacrée à la culture de la coca. L’armée surveille les lieux. Les rebelles ont reçu des kits d’hygiène et des livres. Ils logent dans des maisons équipées de panneaux solaires. D’ici là, leur situation juridique doit être clarifiée. Leur chef, Walter Mendoza, un ex-FARC qui avait repris les armes en 2019, n’était pas présent à la cérémonie. Pourtant, le groupe qu’il dirige compterait entre 2 000 et 2 500 membres. Contrôlant des zones clés pour la production de drogue à la frontière équatorienne, il reste une force modeste comparée à d’autres guérillas comme l’Armée de libération nationale ou les dissidents de Mordisco.

Mais tout cela pourrait voler en éclats ce week-end. Dimanche, les Colombiens votent pour le second tour de la présidentielle. Face au successeur désigné de Gustavo Petro, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, un candidat de droite dure, Abelardo de la Espriella, promet l’affrontement direct avec les groupes armés. Il a déjà annoncé qu’en cas de victoire, il mettrait fin aux discussions avec la CNEB. Cela signifierait la fin de la suspension des mandats d’arrêt pour ces 99 hommes qui viennent de poser les armes. Le pari de la paix est encore fragile. Pour l’instant, dans le Putumayo, ils ont choisi la vie.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus