Politique
Au Liban, un village enterre ses morts une nouvelle fois
Dans le sud du Liban, le village de Deir Qanoun an-Nahr panse ses plaies. Les habitants reviennent après l’annonce d’un cessez-le-feu, mais le deuil est…


Dans le sud du Liban, le village de Deir Qanoun an-Nahr panse ses plaies. Les habitants reviennent après l’annonce d’un cessez-le-feu, mais le deuil est partout.
Au cimetière, les fossoyeurs creusent sans relâche. Les nouvelles tombes s’alignent à côté de celles des guerres précédentes, celles de 2006 et de 2023. Chourouk Hariri, 32 ans, est assise sur un parpaing, en larmes. Elle regarde trois grands portraits ceux de son frère jumeau Ahmad, d’un camarade et de son oncle. « Je suis revenue au village juste pour croire à sa mort », murmure-t-elle, vêtue de noir, sa fille de dix ans à ses côtés. Ahmad était photographe et secouriste volontaire. Il a été tué le 22 mai avec deux autres membres de son équipe alors qu’ils évacuaient une famille visée par une frappe israélienne.
Dans ce village paisible connu pour son huile d’olive, aucune famille n’est épargnée. Un responsable local explique que la guerre a fait au moins 55 morts depuis mars, sur environ 11 000 habitants. « Dans chaque famille, si ce n’est pas un frère, c’est un cousin », dit-il. Les frappes israéliennes ont touché le village à 35 reprises, détruisant au moins 50 maisons et en endommageant 150 autres au point de les rendre inhabitables. Sur la route principale, les commerces sont en ruines, des voitures calcinées jonchent le sol. Dalal Safieddine inspecte les dégâts dans son magasin d’articles ménagers. « J’ai perdu cinq membres de ma famille des cousins, des petits-cousins, tous membres du Hezbollah », dit-elle. « Nous sommes une famille de résistants. C’est normal de faire des sacrifices. »
Le Hezbollah et ses alliés sont au cœur de cette nouvelle guerre. Dans une ruelle, un drapeau du parti et un portrait de son chef assassiné Hassan Nasrallah flottent sur un amas de ruines. C’est là que 14 personnes, dont 13 d’une même famille, ont péri le 19 mai. Ali Hassan Najdi, agriculteur de 64 ans, se tient devant ce qui fut la maison de son cousin. « Les Israéliens s’en sont pris à Deir Qanoun parce qu’il leur a infligé des souffrances à toutes les périodes », affirme-t-il. Il rappelle que le premier kamikaze du Hezbollah, Ahmad Kassir, originaire du village, s’est fait exploser en 1982 contre le siège du gouverneur militaire israélien à Tyr. Aujourd’hui, les secouristes attendent encore 17 à 18 « martyrs » à inhumer, sans compter ceux qui n’ont pas été retrouvés. Le deuil est loin d’être fini.
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