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Au Kenya, la colère contre un centre Ebola américain tourne au drame

Un homme est mort lors d’une manifestation contre un centre de quarantaine pour Américains exposés au virus Ebola, dans le centre du Kenya. Des centaines…

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Au Kenya, la colère contre un centre Ebola américain tourne au drame

Un homme est mort lors d’une manifestation contre un centre de quarantaine pour Américains exposés au virus Ebola, dans le centre du Kenya. Des centaines de personnes sont descendues dans la rue, la police a riposté et le bilan s’alourdit.

Des rues de Nanyuki, au pied du Mont Kenya, se sont transformées en champ de bataille. Mardi, des centaines de manifestants ont affronté les forces de l’ordre pour dénoncer la construction d’un centre d’isolement destiné à des ressortissants américains ayant côtoyé le virus Ebola. Le projet est situé sur la base aérienne de Laikipia, à proximité de cette ville touristique. La colère a vite dégénéré. Les protestataires ont brûlé des pneus, lancé des pierres. La police a répondu avec des gaz lacrymogènes et un canon à eau. Des tirs ont été entendus. Un homme a été vu saignant abondamment du crâne. L’ONG kényane Vocal Africa a confirmé son décès, imputé à la police. Un autre manifestant a été blessé, selon la Croix-Rouge kényane.

La méfiance des Kényans est immense. Le Kenya n’a jamais enregistré un seul cas d’Ebola. Il ne partage même pas de frontière avec la République démocratique du Congo, où l’épidémie a fait 550 cas confirmés et 101 morts depuis mai. L’Ouganda voisin a aussi recensé des infections. Alors voir arriver dans leur pays des Américains potentiellement contaminés, c’est pour beaucoup un cauchemar. « Pourquoi pensent-ils que notre pays est une décharge ? », s’indigne Priscilla Waimani, une créatrice de contenus de 47 ans. Un autre habitant, Mwangi Wangai, lance : « Nous disons aux Américains qu’ils peuvent prendre leur Ebola et le ramener chez eux. » Le centre, doté de 50 lits d’isolement et géré par Washington, était presque terminé. La population craint que le virus ne s’installe sur leur sol, alors qu’ils l’ont jusqu’ici évité.

Le gouvernement kenyan, lui, ne lâche rien. Pourtant, la justice a suspendu le projet la semaine dernière, invoquant « l’intérêt commun ». Mais le président William Ruto a promis de poursuivre, rappelant la dette du pays envers les États-Unis pour des années d’aide. Washington a promis 13,5 millions de dollars pour préparer le Kenya à une éventuelle épidémie. L’Organisation mondiale de la santé observe le tout avec prudence. Son porte-parole a souligné que les efforts de préparation ne peuvent réussir sans l’appui de la communauté locale. Une critique discrète mais claire. Début juin, deux manifestants avaient déjà été tués par balles lors d’une précédente protestation contre ce même centre. La police kényane est régulièrement accusée d’usage excessif de la force. Mais pour l’instant, le silence des États-Unis sur ces violences interroge. La défiance des Kényans, elle, ne faiblit pas.

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