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Marina Vlady, l’icône au destin russe, a quitté la scène à 88 ans

Elle a été l’égérie de Godard, de Ferreri et de Welles, l’épouse d’un poète soviétique et une militante infatigable. L’actrice Marina Vlady s’est éteinte…

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Marina Vlady, l'icône au destin russe, a quitté la scène à 88 ans

Elle a été l’égérie de Godard, de Ferreri et de Welles, l’épouse d’un poète soviétique et une militante infatigable. L’actrice Marina Vlady s’est éteinte à 88 ans, laissant une filmographie immense et des combats qui lui ressemblaient.

Son nom claquait comme un rôle. Marina Vlady, née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff dans une famille russe installée à Clichy, s’est éteinte à 88 ans. Elle laisse derrière elle près de quatre-vingts longs-métrages, une poignée de rôles devenus cultes et une réputation d’artiste libre, jamais rangée dans une seule case.

Tout commence loin des projecteurs. Ses parents ont fui la Russie après la révolution. Sa mère dansait, son père avait été aviateur dans l’armée française dès 1915, puis chanteur à l’opéra russe de Paris, avant de finir ouvrier à Clichy quand la crise de 1929 a tout emporté. Quatre filles grandissent dans ce décor, toutes promises à une carrière artistique. On les appellera les sœurs Poliakoff. Marina quitte l’école à douze ans, devient petit rat à l’Opéra de Paris et tourne déjà pour le cinéma à dix ans. À seize, elle décroche le prix Suzanne Bianchetti, qui récompense l’espoir le plus prometteur, pour son jeu dans « Avant le déluge » d’André Cayatte.

Sa vie sentimentale a nourri les chroniques autant que sa carrière. À dix-sept ans, elle épouse Robert Hossein, qui lui donne deux fils et la dirige dans plusieurs films, dont « Les salauds vont en enfer ». Le couple divorce au bout de quatre ans. Vient ensuite l’aventurier Jean-Claude Brouillet, père d’un troisième garçon. Avec ses sœurs, elle chante et rencontre un vrai succès. En 1961, elle incarne « La Princesse de Clèves » aux côtés de Jean Marais. Deux ans plus tard, Cannes lui remet le prix d’interprétation féminine pour « Le lit conjugal » de Marco Ferreri. Elle sera lady Percy dans le « Falstaff » d’Orson Welles en 1965, puis l’héroïne de Jean-Luc Godard dans « Deux ou trois choses que je sais d’elle » en 1967. Marlon Brando et Orson Welles lui ont fait la cour, Godard a voulu l’épouser.

Puis il y a eu Vladimir Vissotsky. En 1969, elle l’épouse à Moscou et s’installe en URSS, où elle reste jusqu’à la mort du poète et chanteur en 1980, après une vie d’excès et de persécutions politiques. Elle en tirera un livre publié en 1987, « Vladimir ou le vol arrêté », adapté plus tard pour la scène. Elle écrira aussi, dans ses Mémoires parus en 2005 sous le titre « 24 images/seconde », cette phrase qui résume sa façon d’aimer. « J’ai eu quatre maris, beaucoup d’amants et trois fils. J’ai vécu à côté d’eux et, donc, quand j’écris, c’est pour eux, parce qu’ils sont près de moi, avec moi. »

Le grand public l’a aussi vue dans des comédies populaires des années 1970, de « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » de Jean Yanne à « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier, en passant par « Sept morts sur ordonnance » de Jacques Rouffio. À la télévision, on retient notamment « Victoire ou la douleur des femmes », partagé avec Marie Trintignant. Sur les planches, son plus grand bonheur d’actrice reste les « Trois sœurs » de Tchekhov, jouées en 1969 avec ses sœurs. Elle a aussi prêté ses traits à la poétesse Marina Tsvetaïeva dans « Le passage » en 1997, et monté en 2007 un spectacle consacré à Vissotsky, tiré du livre qu’elle lui avait dédié.

Féministe de gauche, elle signe en 1971 le manifeste des 343 pour le droit à l’avortement. Avec le cancérologue Léon Schwartzenberg, qui partage sa vie sur la fin, elle fonde le DAL, l’association pour le droit au logement, et défend les mal-logés, la liberté des substituts pour les personnes dépendantes aux drogues et le droit à l’euthanasie. Une trajectoire faite de rôles et de prises de position, jusqu’au bout.

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