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Ces médecins qui enchaînent seize heures de garde, et ce que cela coûte aux patients

Chaque jour, des patients sont opérés par un anesthésiste au travail depuis huit heures du matin. Un syndicat hospitalier veut mettre un terme à ces…

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Ces médecins qui enchaînent seize heures de garde, et ce que cela coûte aux patients

Chaque jour, des patients sont opérés par un anesthésiste au travail depuis huit heures du matin. Un syndicat hospitalier veut mettre un terme à ces marathons, chiffres à l’appui.

Faut-il laisser un médecin opérer après seize heures de travail d’affilée ? Le SNPHARE, qui représente les anesthésistes-réanimateurs de l’hôpital public, répond non. Le syndicat a pris la parole jeudi pour réclamer la fin des plages trop longues, ces gardes de seize heures consécutives et plus qui, selon lui, exposent directement les patients.

Son argument s’appuie sur une étude américaine publiée récemment dans Jama Network Open. Les chercheurs ont passé au crible plus de 1,5 million de procédures chirurgicales réalisées aux États-Unis. Le verdict tombe vite. Dès que la journée de travail du médecin dépasse 12 heures, le préjudice pour le patient devient visible. Au-delà de 16 heures, il s’aggrave nettement, avec 30 % de risque supplémentaire de mourir à l’hôpital. Autrement dit, la personne sur la table d’opération n’a pas les mêmes chances selon l’heure à laquelle son praticien a commencé sa journée. Un patient pris en charge après minuit par un médecin debout depuis 8 heures du matin illustre précisément ce que le syndicat juge inacceptable.

Cette configuration n’a rien d’exceptionnel. Le rythme habituel des anesthésistes-réanimateurs, comme celui d’autres spécialités de l’urgence, se compose de journées de 8 à 12 heures enchaînées et de gardes de 24 heures. Le syndicat qualifie ce fonctionnement d’antiphysiologique. Et la pression ne faiblit pas. Les urgences chirurgicales représentent aujourd’hui près de 30 % des actes pratiqués en France, contre environ 15 % en 1996. Les patients anesthésiés après minuit ne comptaient que pour 0,5 % du total cette année-là. Aucune donnée n’a été publiée depuis, mais le syndicat estime que ce chiffre a probablement doublé en trente ans.

Le SNPHARE ne se contente pas de décrire le problème. Il demande une modification de la réglementation qui interdirait tout travail au-delà de 16 heures consécutives. Plus largement, il plaide pour un volume horaire hebdomadaire clarifié et revu à la baisse. L’objectif dépasse la seule sécurité des patients. Il touche aussi à la santé des praticiens, à leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle et à l’attractivité d’un métier qui peine à recruter. Un récent rapport de l’Igas et de l’IGF va dans le même sens. Le syndicat réclame enfin une hausse très nette du nombre d’internes dans la spécialité.

Réduire la mortalité après une opération figure parmi les grands chantiers du siècle, insiste l’organisation. Cela passe par de meilleures techniques, par un parcours de soins mieux pensé, mais aussi par un facteur humain trop souvent laissé de côté, la fatigue du médecin. Pour le syndicat, l’enjeu est de taille à l’échelle du pays, avec à la clé une mortalité dite évitable qui pourrait enfin reculer.

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