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Dans ce village de Chartreuse, l’eau du robinet arrive désormais par camion
Perché à 1.000 mètres d’altitude, Sainte-Marie-du-Mont doit faire venir son eau potable par la route depuis la fin juillet. Trois mois sans pluie notable…


Perché à 1.000 mètres d’altitude, Sainte-Marie-du-Mont doit faire venir son eau potable par la route depuis la fin juillet. Trois mois sans pluie notable ont mis à sec une source qui suffisait pourtant aux 250 habitants.
Une poignée de maisons accrochées à la montagne, la vue sur le mont Blanc en prime, et un réservoir de 50 m3 planté tout en haut du hameau. La source qui l’alimente coule encore, mais si faiblement que le village ne peut plus compter sur elle. En cause, une absence de précipitations significatives depuis maintenant trois mois. Alors deux fois par semaine, le lundi et le vendredi, un camion-citerne chromé, habituellement affecté au transport du lait, descend remplir sa cuve à une borne à incendie dans la plaine. Il remonte ensuite par les petites routes et déverse 60 m3 par semaine dans le réseau. Autrement dit les trois quarts de ce que consomme Sainte-Marie-du-Mont.
Ce dépannage n’est pas improvisé. Il est commandé et payé par la communauté de communes du Grésivaudan, qui gère l’eau sur ce territoire cossu situé entre Grenoble et Chambéry. Une zone où la sécheresse était, jusqu’à récemment, un sujet théorique. Le même camion a d’ailleurs servi cet été de l’autre côté de la vallée, à Crêts en Belledonne et à Saint-Maximin. Signe que le problème ne se limite pas à un village.
Le phénomène dépasse largement les contreforts de la Chartreuse. À l’échelle nationale, 84 % du pays était touché par une sécheresse dite décennale, un épisode censé ne revenir qu’une fois tous les dix ans. Certains secteurs atteignent même des niveaux inédits, quelle que soit la saison. Pas moins de 76 départements comptent aujourd’hui des zones classées en situation de crise. Près de Limoges, les villages de Saint-Sylvestre et Compreignac ont eux aussi été ravitaillés par camion, et la société chargée de la distribution prévient que des coupures pourraient survenir. Dans la Loire, on pose des canalisations en urgence pour relier les réseaux entre eux.
En Chartreuse, la tendance à la pénurie s’est installée depuis cinq ou six ans, et cette année la casse est spectaculaire, explique Matthieu Perrotton, responsable du service eau potable de la communauté de communes. Son constat tord une idée reçue tenace. En montagne, on imagine toujours que l’eau ne manquera jamais. Sauf que certaines petites ressources de coteau se révèlent bien plus fragiles qu’elles en ont l’air. Le maire de Sainte-Marie-du-Mont, Clément Bonnet, situe le basculement en 2022, avec des étés de plus en plus secs. Et il écarte d’emblée la piste d’une consommation qui exploserait. Le nombre d’habitants ne bouge pas depuis des années, et il n’a, dit-il, signé aucun permis de construire pour des piscines. Pour lui, il n’y a pas d’autre explication possible que le dérèglement du climat.
Le décor donne raison à son inquiétude. Les bêtes manquent d’eau, et la végétation part en morceaux. Les prés et les arbres jaunissent avant l’heure sous les falaises de la Chartreuse, au point que l’élu compare le paysage au Texas. La commune est classée en situation de crise sur le site gouvernemental VigiEau, avec son lot de restrictions. Les habitants, eux, sont inquiets mais respectent les règles. Le jeune maire y voit autre chose qu’une simple contrainte de confort. C’est la survie de leur village qui se joue, et cela les touche en profondeur. Magali, installée ici depuis huit ans et qui préfère garder l’anonymat, le formule sans détour. La situation la rend triste et lui fait peur. Sur son terrain passe un petit ruisseau qui, été après été, finit par disparaître complètement.
Pour ne pas en arriver là de façon définitive, la communauté de communes a lancé un chantier destiné à capter un nouvel affluent et à pomper son eau jusqu’au réservoir. La facture dépasse le million d’euros, une somme que la municipalité n’aurait jamais pu assumer seule, reconnaît Clément Bonnet. Sa conclusion tient en une phrase. Sans l’appui de l’intercommunalité, l’eau aurait été coupée, et le village n’existerait plus.
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