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Au Tigré, la hantise d’une guerre qui recommence

Dans le nord de l’Éthiopie, les combats ont repris mardi entre l’armée fédérale et les forces tigréennes, après un accord de paix qui avait mis fin à deux…

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Au Tigré, la hantise d'une guerre qui recommence

Dans le nord de l’Éthiopie, les combats ont repris mardi entre l’armée fédérale et les forces tigréennes, après un accord de paix qui avait mis fin à deux ans de conflit. À Mekele, les habitants se ruent sur les marchés, hantés par l’idée de revivre un siège et des pénuries.

Les armes ont donc reparlé. Mardi, l’armée fédérale éthiopienne et les troupes du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se sont de nouveau affrontées, après des mois de tensions qui n’en finissaient plus. Ce mouvement dirige la région du Tigré dans les faits, mais le pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed le tient pour illégitime. Un accord de paix signé à Pretoria en 2022 avait pourtant fait taire les canons, au terme d’années de guerre.

À Mekele, la capitale régionale, cette reprise réveille une blessure à peine refermée. Le conflit précédent a duré deux ans et coûté la vie à plus de 600 000 personnes, ce qui en fait l’un des plus meurtriers de ces dernières décennies. Les habitants redoutent désormais que les banques, les réseaux de télécommunications, le courant électrique et les produits de première nécessité soient à nouveau coupés, comme pendant le siège qui avait asphyxié la région en 2021 et 2022 et l’avait poussée au bord de la famine.

Dès l’annonce des combats, la panique a gagné les rues commerçantes. Une peur profonde pousse les gens à vider leurs comptes et à remplir leurs réserves avant une possible fermeture des banques. Ils se jettent sur les pâtes, le teff, la farine, l’huile, le sucre. Et les prix s’envolent déjà. Celui du teff, céréale locale servant à préparer l’injera, la grande crêpe qui accompagne la plupart des repas éthiopiens, a grimpé de 15 % le quintal depuis le début des hostilités.

« Je suis venu au marché pour acheter du teff, et j’ai vu les prix exploser », témoigne Tesfaselassie, 35 ans, à la tête d’un petit commerce. Il redoute de revivre l’asphyxie de 2021 et 2022. Kaleta Gebru, Tigréenne de 50 ans, s’en prend aux marchands, qu’elle accuse d’avoir profité de la guerre pour lancer la leur, en faisant flamber le coût des denrées.

Samuel Gebreslassie, employé d’épicerie de 37 ans, se souvient que, sous le blocus, les habitants ont terriblement souffert alors même qu’ils avaient de l’argent en banque, sans pouvoir y accéder. Lui a perdu un frère cadet, tué, et un frère aîné, blessé. Pour cet homme, la paix ne l’emportera qu’à une condition, que toutes les parties acceptent des compromis et avancent l’une vers l’autre.

Gebretsadik Abraha, qui vit de la vente de carburant de contrebande dans une région privée d’approvisionnement fédéral en hydrocarbures, appelle les dirigeants tigréens et fédéraux à s’asseoir à la table des négociations. « La guerre n’est jamais une solution », lance-t-il, redoutant que le pays ne replonge dans ce qu’il décrit comme une nouvelle boucherie. Kaleta Gebru, elle, résume le sentiment général. « Nous vivons des temps sombres. Les pauvres souffrent durement et sont menacés. Puisse Dieu avoir pitié de nous. »

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