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Au Népal, les survivants de la crue n’ont plus rien et attendent que le monde les entende

Un mois après la coulée de boue qui a emporté une vallée entière dans le nord du pays, des milliers de sinistrés vivent encore dans des camps. Le Premier…

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Au Népal, les survivants de la crue n'ont plus rien et attendent que le monde les entende

Un mois après la coulée de boue qui a emporté une vallée entière dans le nord du pays, des milliers de sinistrés vivent encore dans des camps. Le Premier ministre Balendra Shah s’adresse à l’ONU pour porter leur voix et défendre la justice climatique.

Karma Lama n’a plus grand-chose. La crue du 26 août lui a pris ses deux parents et cinq autres membres de sa famille. Ce jeune homme vit désormais dans le camp de fortune de Nuwakot, où il a trouvé une place après la catastrophe. Il ne se fait aucune illusion sur ce qu’un discours politique peut lui rendre. « Ce que je voudrais, sincèrement, c’est que mes deux parents reviennent », lâche-t-il. « Mais ce n’est pas possible. » Alors il demande autre chose. Des maisons. De quoi gagner sa vie à nouveau. Et surtout que quelqu’un parle pour les habitants de Rasuwa, sa région, celle des victimes. « Tous les grands pays doivent savoir ce qu’il nous arrive. »

Celui qui doit porter cette voix s’appelle Balendra Shah. À 36 ans, cet ancien rappeur dirige le gouvernement népalais depuis mars. Il est resté très discret depuis son arrivée au pouvoir. Il a décidé de rompre ce silence en prenant la parole devant l’assemblée générale des Nations unies, pour appeler à l’aide et défendre la cause de la justice climatique.

Il faut dire que le désastre dépasse l’entendement. Une vague d’eau glacée, de boue et de débris est descendue d’un coup sur une vallée du nord du Népal, à la frontière chinoise, après l’effondrement d’un glacier et d’un pan de montagne. Les bilans restent provisoires et ils sont déjà terribles, plus de 1 500 morts et 6 000 disparus. Des villages entiers ont été rayés de la carte, comme des ponts, des routes et des barrages. Le coût de la reconstruction est estimé par les autorités à au moins 4,7 milliards de dollars.

Quatre semaines plus tard, le pays encaisse toujours. Des hélicoptères et des drones cargo continuent de ravitailler les zones les plus isolées. Les secours, eux, creusent encore cette mer de boue, à la recherche d’éventuels survivants. Sobita Rijal, 35 ans, garde sur elle les clés de sa maison. Avec son mari, elle y tenait un petit commerce. Le bâtiment de trois étages est enseveli à moitié. Le couple s’est réfugié dans une chambre de location. « Je ne sais pas ce qui a causé tout ça, je ne sais pas ce qu’est le changement climatique », dit-elle. « Mais ce que je sais, c’est que nous avons besoin d’aide. Nous ne sommes qu’un tout petit pays. »

Ce désastre a mis en lumière une réalité plus large. Le réchauffement et la fonte accélérée des glaciers menacent l’Himalaya et les 240 millions de personnes qui y vivent. Les scientifiques du groupe World Weather Attribution ont confirmé que la hausse des températures y avait largement contribué. Le Népal, lui, n’émet qu’une part infime des gaz à effet de serre responsables du problème. Il doit pourtant reloger plus de 80 000 sinistrés, rebâtir ses infrastructures et repenser son développement. De quoi lui donner de solides arguments pour plaider sa cause, estime Manjeet Dhakal, de Climate Analytics. Pour cet expert, la communauté internationale doit réduire vite ses émissions et venir en aide aux pays vulnérables. L’émotion née de la catastrophe doit se transformer en actes.

D’autres rescapés partagent cet espoir. Narayan Prasad Khatiwada, 51 ans, a survécu à la crue et compte sur la solidarité des autres pays. « Nous sommes un tout petit pays. Si nous avions plus de ressources, nous n’aurions besoin de personne. Les grands pays doivent nous aider », répète-t-il. Et il attend beaucoup du discours de son Premier ministre. « Notre douleur est immense. »

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