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Des gérants de stations-service jettent l’éponge face à des prix qui s’envolent

La flambée des carburants met à mal les stations indépendantes, incapables de s’aligner sur les prix plafonnés du géant du secteur. Entre trésoreries à…

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Des gérants de stations-service jettent l'éponge face à des prix qui s'envolent

La flambée des carburants met à mal les stations indépendantes, incapables de s’aligner sur les prix plafonnés du géant du secteur. Entre trésoreries à sec et clients à cran, beaucoup songent à tout arrêter.

Ça craque de partout dans les stations-service françaises. La flambée des prix des carburants, nourrie par les tensions au Moyen-Orient et la guerre en Ukraine, met à mal un modèle économique déjà fragile. Les stations indépendantes, surtout, encaissent de plein fouet l’écart avec les tarifs bloqués par TotalEnergies, le poids lourd du secteur. Pour beaucoup, l’équation devient intenable.

En Ardèche, Sébastien Contremine a tenu pendant onze ans. Cette année, il a fini par baisser les bras. « J’ai honte d’afficher ces prix », confie-t-il depuis Vesseaux, où sa station jouxte son garage. En septembre, il a annoncé sur la page Facebook de son commerce la fermeture temporaire de la pompe, invoquant « la situation actuelle du marché ». Un crève-cœur pour ce gérant qui n’imaginait pas en arriver là.

Le phénomène n’a rien d’isolé. Chaque année, entre 50 et 100 stations mettent la clé sous la porte, en majorité dans les zones rurales ou reculées. La faute à une concurrence qui a changé de dimension. Les grandes surfaces ont plus que quadruplé leur nombre de points de vente, jusqu’à représenter la moitié du réseau et 65 % des volumes écoulés. Face à elles, les petites stations de village n’ont plus grand-chose à opposer.

Le réseau Mobilians, qui rassemble l’essentiel des stations traditionnelles hors grandes surfaces, tire la sonnette d’alarme. Selon ses dernières remontées, 200 à 300 points de vente seraient menacés, la baisse prolongée des volumes vidant les trésoreries et compromettant la poursuite de l’activité. Son responsable, Francis Pousse, redoute une accélération brutale, alors que l’écart de prix avec TotalEnergies atteint « au moins 20 centimes, voire 30 » pour les stations qui ne s’approvisionnent pas chez le géant pétrogazier.

Le différentiel saute aux yeux. Chez TotalEnergies, le litre de SP95-E10 est bloqué à 1,99 euro et celui de gazole à 2,25 euros. Ailleurs, la moyenne s’établissait récemment à 2,16 euros pour l’essence et 2,40 euros pour le gazole. De quoi détourner les automobilistes vers les pompes les moins chères. Dans le Finistère, Delphine Le Guen, 45 ans, qui a repris la station familiale de Plouguin voici quinze ans, affiche des prix nettement au-dessus et voit ses clients filer vers la station TotalEnergies installée à une dizaine de kilomètres.

Mobilians réclame un fonds d’urgence pour aider les stations les plus fragiles à passer le cap, en plus du fonds de diversification demandé depuis longtemps pour financer leur transformation, sur le modèle des buralistes. Pour l’instant, aucune réponse. Et la tension ne se limite pas aux caisses. Du côté de Charquemont, dans le Doubs, Alexandra Destraz et son mari ont vu leur station à l’enseigne TotalEnergies prise d’assaut. La ruée a charrié son lot d’incivilités. Des appels très tôt le matin pour savoir s’il reste du carburant, des clients qui oublient bonjour et au revoir, des jerricans remplis en cachette, des accrochages dans la file d’attente, des plaintes quand les cuves sont vides.

« On a une petite station de village, mais mon cœur de métier, c’est la réparation automobile. On n’est pas là pour gérer les incivilités », souffle-t-elle. Elle a fini par couper la pompe, devançant une fermeture de toute façon prévue dans quelques mois pour déménager l’activité. Un épilogue qui en dit long sur l’exaspération d’une profession poussée à bout.

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