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Économie

Des betteraves qui pourrissent sur pied et une récolte au plus bas depuis 1980

La sécheresse et la chaleur ont ravagé les betteraves sucrières dans le nord de la France. Les racines ne se vendent plus, les rendements s’écroulent et…

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Des betteraves qui pourrissent sur pied et une récolte au plus bas depuis 1980

La sécheresse et la chaleur ont ravagé les betteraves sucrières dans le nord de la France. Les racines ne se vendent plus, les rendements s’écroulent et la filière chiffre ses pertes à un milliard d’euros.

Cyrille Milard a 50 ans et il n’en revient toujours pas. Devant lui s’étend un champ terreux où les betteraves sucrières pourrissent sur place avant de sécher complètement. Son père, 87 ans, n’avait jamais assisté à ça de toute sa vie. Pas une seule fois. Dans ces régions situées au nord de la Loire, la campagne de récolte court normalement de septembre à décembre, et l’agriculteur peine à traverser la parcelle tant les racines charnues, jusqu’à un kilo pièce, lui compliquent la marche. Cette année, le décor a complètement changé.

La sécheresse et les fortes chaleurs ont freiné la pousse des plantes et affaibli leurs défenses. Conséquence directe, les charançons et le rhizopus, une maladie due à un champignon, se sont largement répandus. Les feuilles apparaissent piquetées, flétries. La racine, elle, ressemble à un moignon momifié. Sur une bonne partie de la zone de production, le rendement dégringole. Quand la récolte n’est pas tout simplement invendable.

Alexis Garnot, 32 ans, a repris l’exploitation de ses parents près de Maison-Rouge, en Seine-et-Marne. Il avait cette année 70 hectares de betteraves. La parcelle qu’il arpente affiche entre 40 et 50% de racines non marchandes, autrement dit invendables aux coopératives sucrières qui récupèrent les tas laissés au bord des routes. Au-delà de 20% par parcelle, la coopérative refuse le lot, parce qu’il devient impossible de séparer le bon du mauvais. Et pour l’agriculteur, récolter revient plus cher que laisser sur place, puisque le produit ne trouvera pas preneur.

Il faudra donc enfouir les betteraves, une fois l’expert de l’assurance passé. Comme tous les exploitants, Alexis Garnot pratique la polyculture en rotation. Ce champ sera semé de blé pour la récolte 2027 et ne reverra des betteraves que dans cinq ans. « On ne sait pas ce que ça va donner, puisqu’on n’a jamais pas récolté », lâche son voisin Cyrille Milard, 50 ans, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves d’Ile-de-France, rattachée au syndicat agricole FNSEA.

Lui n’a planté que 20 hectares cette année, et ses autres cultures ont également souffert. Il estime ses pertes à plusieurs dizaines de milliers d’euros, une fois les aides déduites. Pour la troisième année consécutive, il va taper dans les économies qu’il a constituées en trente ans de métier. « Pour les jeunes qui démarrent, c’est très dur », souffle-t-il. Son père a connu la sécheresse de 1976, mais à l’époque, la récolte atteignait quand même 30 tonnes.

À l’échelle nationale, le syndicat des planteurs évalue les pertes de la filière à un milliard d’euros. La production devrait tomber à son plus bas niveau depuis au moins 1980, avec 25,4 millions de tonnes estimées. Un repli de 29% sur un an, attribué à la chute du rendement et à la diminution des surfaces cultivées. Aux côtés du maïs et de la pomme de terre, la betterave figure parmi les cultures les plus durement frappées par la sécheresse, avec de gros écarts selon les endroits.

La betterave sucrière pousse en France depuis l’époque de Napoléon, pour contourner le blocus continental imposé par l’Angleterre, qui privait le pays de ses îles productrices de canne à sucre. Elle fournit du sucre, mais aussi de l’alcool destiné aux spiritueux, à la pharmacie ou aux gels hydro-alcooliques, sans oublier le bioéthanol. La France reste le premier producteur européen de sucre, avec 19 sucreries implantées pour la quasi-totalité dans un rayon de 30 km autour des exploitations. Six ont fermé depuis 2019 et les surfaces ne cessent de reculer. La sucrerie de Nangis, toute proche de Maison-Rouge, ouvre dans quelques jours. Mais avec quoi va-t-elle bien pouvoir tourner, s’interrogent les deux agriculteurs.

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