Monde
Le maire d’Istanbul défie le pouvoir depuis le box des accusés

L’édile incarcéré Ekrem Imamoglu a confronté la justice turque lors d’une audience sous haute tension, dénonçant une instrumentalisation politique de la procédure judiciaire à son encontre.
Vendredi, le tribunal de Silivri a vu défendre l’une des figures les plus en vue de l’opposition turque. Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et principal rival du président Recep Tayyip Erdogan, a comparu dans l’enceinte même de la prison où il est détenu depuis le mois de mars. Accueilli par les acclamations de ses partisans, il a affiché une détermination sans faille face aux accusations qui pèsent contre lui.
L’élu municipal, qui dirige la plus importante collectivité du pays, est poursuivi dans le cadre d’une affaire distincte pour tentative d’influence sur un procès. Les réquisitions du parquet requièrent à son encontre une peine pouvant atteindre quatre années d’emprisonnement, assortie d’une interdiction d’éligibilité. L’audience a été renvoyée au 12 décembre prochain.
Depuis son arrestation en mars, accompagnée de celle de plusieurs dizaines de collaborateurs de la mairie pour des faits de corruption qu’il conteste, l’homme politique dénonce une manœuvre destinée à entraver son action. Il a pointé du doigt une forme de harcèlement judiciaire orchestré, selon lui, par l’exécutif pour museler toute voix discordante. « Ils perçoivent en moi une menace », a-t-il déclaré, suggérant que sa popularité inquiète au plus haut niveau.
La présence du président du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, est venue marquer le soutien de la formation d’opposition. Ce dernier a affirmé que ces multiples procédures viseraient uniquement à maintenir derrière les barreaux le candidat investi pour la présidentielle de 2028. Les sondages placent en effet Ekrem Imamoglu en position favorable dans les intentions de vote.
L’atmosphère à l’intérieur de la salle d’audience reflétait la polarisation du climat politique turc. Des cris de « Président Imamoglu » ont salué son entrée, tandis que son épouse assistait à la séance. L’équipe de défense a soulevé des interrogations sur l’impartialité de la justice, citant le recours répété au même expert judiciaire dans vingt-quatre dossiers distincts concernant des municipalités du CHP – une situation présentée comme statistiquement invraisemblable.
L’édile a conclu son intervention en exprimant sa confiance dans l’issue du processus, fustigeant des systèmes « bâtis sur l’injustice » et rappelant la chute qu’ils ont connue par le passé. Sans jamais citer nommément le chef de l’État, il a insisté sur la peur que son parcours inspirerait dans les cercles du pouvoir.

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