Monde
Un hiver meurtrier pour les trésors botaniques de Kiev

Les serres du Jardin national Gryshko, privées de chauffage par les destructions d’infrastructures énergétiques, voient dépérir des milliers de plantes tropicales uniques, patrimoine scientifique menacé de disparition.
Le froid mordant qui s’est abattu sur l’Ukraine cet hiver ne menace pas seulement les populations. Dans les vastes serres du Jardin botanique national Gryshko, à Kiev, une collection inestimable de flore subtropicale et tropicale est en train de succomber. Les températures, qui devraient être maintenues au-dessus de quinze degrés, chutent régulièrement en dessous de douze, voire plus bas lors des coupures prolongées. Cette situation résulte des frappes répétées contre le réseau énergétique national, privant d’électricité et de chauffage des centaines de milliers de foyers et d’institutions.
Les botanistes assistent, impuissants, à la dégradation accélérée de spécimens rassemblés depuis des décennies. Des feuilles saines tombent en masse, compromettant la survie même des plantes. Parmi les quelque quatre mille espèces conservées, certaines proviennent d’écosystèmes aujourd’hui disparus, ce qui rend leur perte définitive. L’équipe du jardin et des volontaires se mobilisent jour et nuit pour tenter de pallier l’absence de chauffage central, allumant des poêles à bois et enveloppant les végétaux les plus fragiles.
L’impact exact de ces conditions extrêmes ne sera pleinement mesurable que dans les semaines et les mois à venir. Les spécialistes redoutent des perturbations durables des cycles biologiques, avec des floraisons sans production de graines viables. Fondé en 1935 et déjà durement éprouvé durant la Seconde Guerre mondiale, l’établissement avait patiemment reconstitué ses collections par des échanges internationaux et des expéditions scientifiques. Cette mémoire végétale du monde est désormais en sursis.
Malgré l’urgence, les portes du jardin restent ouvertes. L’équipe continue d’accueillir des visiteurs, y compris des militaires et des personnes déplacées, pour qui le contact avec la nature constitue un répit. Dans l’attente de jours meilleurs, le personnel garde espoir de préserver ce patrimoine, tout en poursuivant le rêve d’enrichir encore ces collections, symbole de résistance et de vie.

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