Économie
Un cartel du bio épinglé par l’Autorité de la concurrence

_**Le syndicat des magasins spécialisés et plusieurs distributeurs viennent d’être condamnés à une amende de 12,67 millions d’euros pour avoir organisé, pendant plus de sept ans, une entrave à la concurrence visant à empêcher toute comparaison de prix avec la grande distribution.**_
L’Autorité de la concurrence a rendu une décision sévère à l’encontre d’une pratique concertée ayant duré de mars 2017 à octobre 2024. Cette stratégie collective, orchestrée principalement par le syndicat professionnel Synadis Bio, avait pour objectif de cloisonner le marché des produits alimentaires biologiques. Elle visait à empêcher que les mêmes références de marques soient commercialisées à la fois dans les enseignes spécialisées et dans les grandes surfaces généralistes.
Selon l’autorité de régulation, cette entente avait pour effet de supprimer toute comparabilité directe des prix entre les deux circuits de distribution. Une telle comparabilité aurait pu engendrer une pression à la baisse sur les tarifs, au détriment des marges des magasins spécialisés. Ce dispositif a été formalisé via un règlement intérieur adopté en 2018, imposant aux adhérents du syndicat un référencement composé à 95 % de produits exclusivement distribués en circuit spécialisé.
La conséquence directe a été, pour certains fournisseurs, l’obligation de créer deux marques distinctes pour un même produit, l’une destinée aux magasins bio, l’autre aux supermarchés. Cette segmentation artificielle du marché a, selon les enquêteurs, permis aux enseignes spécialisées de maintenir des prix sensiblement plus élevés, avec des écarts pouvant atteindre 30 % pour des articles identiques, au détriment du consommateur.
Le syndicat Synadis Bio, qui représente des enseignes majeures du secteur, écope de l’amende la plus lourde, s’élevant à 10 millions d’euros. L’organisation a immédiatement annoncé son intention de faire appel, contestant le fond de la décision et jugeant la sanction disproportionnée au regard de ses ressources et de la santé économique de ses membres.
D’autres acteurs ont également été sanctionnés pour leur participation, plus ponctuelle, à ces pratiques. La société Greenweez, filiale de Carrefour spécialisée dans la vente en ligne de produits bio, a reçu une amende de 1,85 million d’euros. Le groupe Carrefour a indiqué qu’il contesterait cette décision concernant sa filiale, tout en se félicitant que les autres entités du groupe aient été mises hors de cause. Le groupement Les Mousquetaires, via ITM Entreprises et Les comptoirs de la Bio, est quant à lui condamné à payer 820 000 euros d’amende et examine également la possibilité d’un recours.
Cette décision intervient dans un contexte où la grande distribution est devenue, depuis 2016, le premier circuit de vente des produits biologiques en France, renforçant la concurrence avec le réseau spécialisé.

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