Culture
Un avocat punk japonais mène la bataille climatique devant les tribunaux


_**À 63 ans, Akihiro Shima a déposé une plainte historique contre l’État pour inaction face au réchauffement planétaire. Une démarche qui couronne des décennies d’engagement, mêlant droit et musique contestataire.**_
Plus de quatre cent cinquante citoyens japonais se sont joints à l’action en justice intentée le mois dernier contre leur gouvernement. La plainte, une première dans l’archipel, reproche aux autorités une lutte « extrêmement insuffisante » contre le dérèglement climatique, une carence présentée comme une atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution. À la tête de cette initiative se trouve un avocat au parcours singulier, Akihiro Shima, qui voit dans cette procédure l’aboutissement de son combat.
La veine militante de cet homme de 63 ans puise ses racines dans sa jeunesse, marquée par l’effervescence du mouvement punk à la fin des années 1970. Convaincu que la musique pouvait transformer la société, il a longtemps utilisé la scène comme tribune. Aujourd’hui encore, dans l’intimité de petits clubs tokyoïtes, il entonne des chansons aux paroles engagées, n’hésitant pas à évoquer entre deux morceaux son dernier recours judiciaire. Pour lui, le changement climatique cristallise une injustice profonde, où les modes de vie les plus émetteurs de carbone compromettent l’existence des populations vulnérables et des générations à venir.
Cette sensibilité écologique s’est forgée à l’adolescence, après la lecture d’un roman dénonçant les ravages de la pollution industrielle. Devenu le « radical » de sa famille, il a élargi son engagement à diverses causes sociales. Pendant des années, il a cru au pouvoir de la musique et des performances, allant jusqu’à poser nu avec son groupe devant le Parlement pour une pochette de disque. Une prise de conscience, à l’âge de 41 ans, l’a conduit à opter pour une autre voie. Il a repris ses études et obtenu son diplôme d’avocat en 2010, inaugurant sa carrière par une action en justice originale au nom d’un ours polaire, présenté comme victime de la pollution climatique.
La catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 a renforcé sa détermination. Il a alors engagé des poursuites contre des constructeurs de réacteurs et fondé un nouveau groupe musical. Aujourd’hui, conscient que cette plainte climatique pourrait être son ultime bataille juridique, il espère avant tout provoquer un débat de fond sur l’avenir que la société japonaise souhaite se construire. Les observateurs jugent les chances de succès juridique limitées, mais reconnaissent le potentiel de cette démarche pour éveiller les consciences.
Malgré la gravité du sujet, Akihiro Shima conserve une approche décalée. Il avoue ne pas avoir encore composé de chansons sur le climat, cherchant comment rendre ce thème « cool » à ses yeux. À travers cette action collective, il tente précisément de donner à la cause une résonance nouvelle, à la croisée du prétoire et de la scène punk.





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