Europe
Un animateur jugé pour des attouchements sur des enfants de maternelle : la parole des petits au cœur du procès
Dans une salle d’audience bondée, un trentenaire comparaît pour des agressions sexuelles présumées sur neuf enfants de 3 à 5 ans. Le procureur a requis trois ans de prison, dont un an ferme, et la décision sera rendue en juillet.
Le tribunal correctionnel de Paris n’avait jamais connu une telle affluence pour ce genre d’audience. D’habitude, les procès pour violences sexuelles sur mineurs se tiennent à huis clos ou devant des bancs quasi vides. Mais cette fois, des dizaines de journalistes, des parents d’élèves et des curieux se pressent. La petite salle prévue est vite saturée. Il a fallu ouvrir une salle de retransmission en urgence. D’un côté, une vingtaine de mères et pères, visages fermés, font bloc. De l’autre, un homme seul, veste trop large sur un T-shirt blanc, jean slim et baskets, semble étonnamment détendu.
David G., 36 ans, est accusé d’avoir agressé sexuellement neuf enfants de l’école maternelle Alphonse Baudin, dans le XIe arrondissement, entre septembre 2024 et avril 2025. Le parquet le poursuit pour cinq mineurs. Les familles de quatre autres l’ont directement assigné en justice. À la barre, l’animateur périscolaire nie en bloc. « Faut être psychopathe pour faire ça », lance-t-il. Il reconnaît seulement des « maladresses » : avoir porté des enfants dans ses bras, les avoir assis sur ses genoux, ou utilisé des surnoms affectueux comme « mon amoureuse » ou « ma chérie ». Il assure n’avoir jamais eu conscience que ces gestes pouvaient être mal interprétés. « Je me suis dit : David, tu n’aurais pas dû laisser des enfants sur tes genoux », explique-t-il, comme s’il venait juste de comprendre.
Mais l’accusation ne repose pas sur un adulte témoin direct ou sur des preuves matérielles. Elle s’appuie presque entièrement sur les paroles des enfants. Des garçons et filles de 3 à 5 ans qui, avec les mots de leur âge, décrivent des attouchements sur leurs parties intimes. Une fillette raconte que « David » lui touchait les fesses avec une cuillère dans la bibliothèque de l’école. L’animateur s’indigne lui-même à la barre : « Faire ce genre de jeux, c’est extrêmement grave, c’est vraiment de la pédophilie. » Il cherche à prendre ses distances avec ces actes qu’il dit ne pas avoir commis.
Puis ce sont les mères qui montent à la barre. Leur parole porte la voix des enfants. Une mère témoigne du changement radical de son fils de trois ans, un mois après la rentrée 2024. « On avait un enfant qui demandait : est-ce que je vais au goûter ? C’était la première question de la journée. Et si c’était oui, c’était une heure de hurlements, on devait presque le tirer de force. » Dans l’assemblée, le père pleure silencieusement.
Le parquet estime que pour trois des enfants, les faits d’agressions sexuelles sont établis. Pour les autres, il considère que ce n’est pas le cas. « Un enfant de maternelle n’invente pas une scène d’abus sexuels. Il peut se tromper sur des détails, jamais sur la nature des faits », plaide l’avocate des parties civiles. De son côté, la défense pointe une « faillite de l’Éducation nationale » et regrette que David G. n’ait pas reçu les outils nécessaires pour travailler correctement auprès des enfants. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 7 juillet. Depuis début 2026, 78 agents de la ville de Paris ont été suspendus, dont 31 pour des soupçons de violences sexuelles. Un chiffre que le nouveau maire qualifie de « systémique ».
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