Monde
Tyr le quartier chrétien vidé de ses habitants après l’ultimatum israélien
L’armée israélienne a ordonné l’évacuation totale de la ville de Tyr, y compris son dernier quartier chrétien jusque-là épargné. Des familles entassent…


L’armée israélienne a ordonné l’évacuation totale de la ville de Tyr, y compris son dernier quartier chrétien jusque-là épargné. Des familles entassent leurs affaires et fuient vers le nord, laissant une cité antique presque déserte.
Les ruelles pittoresques de la Vieille ville de Tyr ont perdu leur calme. Des valises traînent sur le bitume, des voitures chargées de matelas s’éloignent en trombe. Elias Barbour, un habitant vêtu d’un simple marcel blanc, résume le sentiment général. « On pensait qu’on n’était pas concernés », dit-il avant de demander ce qu’il a fait de mal. Lui et sa famille se réfugient chez sa soeur à Beyrouth, loin de cette cité millénaire où les barques des pêcheurs sont abandonnées et les hôtels de charme fermés. Depuis le début de la guerre en mars, ce quartier accueillait des déplacés qui dormaient dans leurs voitures ou sous des tentes. Mais mardi, pour la première fois, l’armée israélienne a lancé un appel à évacuer l’intégralité de Tyr, sans exception.
Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a demandé aux habitants de se diriger vers le nord du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière. En milieu de journée, des frappes intensives frappaient déjà la ville. Des ruines antiques classées à l’Unesco ont été endommagées dimanche, et un quartier résidentiel a été touché plus tôt dans la journée, faisant au moins huit morts selon le ministère libanais de la Santé. Sur la plage de sable blanc, des familles hésitent, coincées dans leur voiture, ne sachant pas où aller. « Nous avons eu peur quand l’avertissement est tombé », lâche Ahmad Haïdar, un homme à la barbe grisonnante. « Ils ont menacé le quartier chrétien. Il n’y a plus aucun lieu sûr à Tyr. »
Les files de voitures s’étirent à l’entrée de Saïda, la porte du sud du Liban. Certains ont déjà planté des tentes sur les trottoirs. Mohammad Moustafa, un pêcheur qui circule à moto avec sa fille derrière lui, refuse de céder. « Ils disent que le Hezbollah est ici, c’est un mensonge. Il n’y a pas de combattants ici », affirme-t-il. « Je suis pêcheur. Où irais-je travailler ? Mon âme est à Tyr. » Depuis mars, la guerre entre le Hezbollah pro-iranien et Israël a fait plus de 3 600 morts et plus d’un million de déplacés au Liban. Le quartier chrétien, dernier réduit encore debout, est désormais vide à 99% selon un membre du conseil municipal. Il ne reste qu’une poignée d’habitants, accrochés à leur terre, à leur métier, à leur histoire.
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