Économie
Survivre à 49°C la vie de ceux qui n’ont pas le choix face à la fournaise indienne
Chaque été, l’Inde suffoque un peu plus. Mais derrière les records de température, ce sont des millions d’habitants qui réinventent leur quotidien pour…


Chaque été, l’Inde suffoque un peu plus. Mais derrière les records de température, ce sont des millions d’habitants qui réinventent leur quotidien pour tenir le coup.
Dans le désert du Rajasthan, Sawai Bhati Singh, berger de 26 ans, regarde ses chèvres s’affaler à l’ombre d’arbres clairsemés. Début juin, son village de Sanwata a frôlé les 49°C. Un record, mais plus vraiment une surprise. « Les températures grimpent chaque année », soupire-t-il. Sa maison en pierre, avec ses rares fenêtres, offre un abri tout relatif. À l’intérieur, l’air reste épais et brûlant. Les astuces de toujours ne suffisent plus. Sa femme et sa mère cuisinent sur un feu de bois, la chaleur en prime. Pour boire un peu frais, ils enveloppent des bouteilles d’eau dans de la ficelle de jute tressée un système d’évaporation artisanal qui rappelle que l’adaptation ici passe par des gestes millénaires.
À quelques centaines de kilomètres de là, dans les plaines inondables du Yamuna, près de New Delhi, Bhole Shankar cultive ses champs sous des lignes à haute tension. Sa cabane en plastique et bambou n’a pas l’électricité. Un petit panneau solaire alimente juste un ventilateur qui brasse de l’air chaud. Quand le thermomètre atteint 46,5°C, la famille change de rythme. Lever avant l’aube pour travailler la terre, sieste forcée aux heures les plus cuisantes, puis retour aux champs au crépuscule. « Certains jours, le jour et la nuit se confondent », dit-il. Les parois de la tente sont roulées pour laisser passer un souffle d’air. La nuit, ils dorment sur des lits en cordes tressées, les charpoys, qui permettent à l’air de circuler sous le corps.
Le pays le plus peuplé du monde subit des vagues de chaleur de plus en plus longues et intenses à cause du changement climatique. Pour Sawai, l’angoisse se concentre sur ses deux petits garçons de deux et quatre ans, qui jouent pieds nus dans la terre brûlante. Le bétail, lui, perd l’appétit et donne moins de lait. L’an dernier, la famille a craqué pour un refroidisseur d’air. Un luxe indispensable. Bhole, lui, compte sur son champ vert et luxuriant, oasis inattendue au bord du fleuve pollué. Mais le contraste est trompeur. « Être agriculteur, c’est ne jamais pouvoir vraiment s’abriter », lâche-t-il. Alors ils s’adaptent jour après jour, entre traditions qui lâchent et technologies de fortune, pour garder un semblant de vie dans une fournaise qui ne fait que monter.
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